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Cycle cellulaire
Enzymes mitotiques majeures
Plk1 (Polo-like Kinase 1)

Sommaire
définition

Plk1 coordonne l’entrée et la progression mitotiques en amplifiant le signal cycline B/CDK1, en organisant la bipolarité et la dynamique du fuseau, puis en préparant la zone médiane et la cytokinèse.

Vue d'ensemble de Plk1

Plk1 (Polo-like Kinase 1) est une kinase sérine/thréonine centrale qui n’initie pas l’entrée en mitose mais en assure la coordination spatio-temporelle, depuis la transition G2/M jusqu’à la préparation de la cytokinèse.

1. Son rôle principal est de relayer, amplifier et spatialiser le signal mitotique porté par le complexe cycline B/CDK1 (MPF), en l’articulant avec l’organisation cellulaire :

2. Plk1 se distingue ainsi fonctionnellement :

bien

Plk1 se distingue ainsi des kinases déclencheuses par une action séquentielle et localisée lui conférant un rôle d’intégrateur enzymatique du réseau mitotique plutôt que de régulateur autonome du cycle cellulaire.

3. Le tableau suivant, qui n’a pas vocation à être exhaustif, montre les principaux substrats phosphorylés par Plk1 au cours du cycle mitotique, classés selon la phase mitotique dominante, la localisation subcellulaire et la conséquence fonctionnelle principale, afin de mettre en évidence son rôle transversal.

Substrat phosphorylé Phase principale Localisation Conséquence fonctionnelle
Bora Centrosomes
  • Activation de Plk1 via Aurora A
  • Amplification du signal mitotique
Cdc25C
  • Activation de cycline B/CDK1
  • Déclenchement de l’entrée
    en mitose
Wee1 Noyau
  • Inhibition de Wee1
  • Renforcement de l’activation de CDK1
Nlp (Ninein
-like protein)
Prophase Centrosomes
  • Maturation centrosomale
  • Llibération de la nucléation
    microtubulaire
Kizuna (Kiz) Centrosomes Stabilisation des pôles mitotiques
face aux forces de traction
Asp (ASPM) Prophase-
métaphase
Pôles
du fuseau
  • Organisation des pôles
  • Ancrage des microtubules
KNL1 Prométaphase Kinétochore Modulation du point de contrôle
du fuseau (SAC) et
des attachements
BubR1 Prométaphase-
métaphase
Kinétochore
  • Ajustement de la signalisation du SAC
  • Stabilisation des attachements
CLASP1/
CLASP2
Métaphase Microtubules
du fuseau
Stabilisation dynamique
des microtubules
PRC1 Anaphase-
télophase
Zone médiane Stabilisation et alignement
des microtubules antiparallèles
MKLP1/
KIF23
Fuseau
central
Organisation fonctionnelle
du complexe centralspindlin
KIF4A Zone médiane Limitation de la longueur
des microtubules antiparallèles
ECT2
(GEF)
Couplage entre fuseau central
et signalisation RhoA
Cep55 Télophase Corps
intermédiaire
(midbody)
Préparation du recrutement
de la machinerie d’abscission
Anilline Télophase-
cytokinèse
Cortex
équatorial
Stabilisation du lien entre anneau contractile et fuseau

Structure et domaines fonctionnels de Plk1

Plk1 (Polo-like kinase 1) est une kinase sérine/thréonine mitotique composée de deux modules fonctionnels distincts :

  • un domaine kinase N-terminal, responsable de l’activité catalytique,
  • un domaine Polo-Box (PBD) C-terminal, impliqué dans la reconnaissance des motifs phosphorylés et le ciblage subcellulaire.
Structure de Plk1 (Polo-like Kinase 1)
Structure de Plk1 (Polo-like Kinase 1)
(Figure : vetopsy.fr d'après Aquado-Herrera et coll)

Domaine N-terminal

1. Le domaine N-terminal porte l’activité enzymatique de Plk1 (loupe structure des kinases) et est soumis à une régulation stricte par phosphorylation (Structure of the Catalytic Domain of Human Polo-like Kinase 1 2007).

a. Son activation repose principalement sur la phosphorylation de la thréonine 210 du site d’activation, catalysée par Aurora A en présence du cofacteur Bora, événement clé de la transition G2/M (Polo-like Kinase 1 (PLK1) Inhibitors Targeting Anticancer Activity 2025).

b. Une fois activé, ce domaine permet la phosphorylation d’un large éventail de substrats impliqués dans :

2. L’activité du domaine kinase reste cependant insuffisante en l’absence d’un ciblage spatial approprié, soulignant la dépendance fonctionnelle de Plk1 à son domaine Polo-Box C-terminal pour la reconnaissance des substrats et sa localisation subcellulaire.

Domaine Polo-Box (PBD)

1. Le domaine Polo-Box (PBD) de Plk1 est constitué de deux sous-domaines homologues, PB1 et PB2, qui s’assemblent pour former un module capable de reconnaître des séquences préalablement phosphorylées sur des protéines cibles (The crystal structure of the human polo-like kinase-1 polo box domain and its phospho-peptide complex 2003).

Complexe PBD/pPon de Plk1
Complexe PBD/pPon de Plk1
(Figure : vetopsy.fr d'après Zhu et coll)
  • PB1 contient la poche principale de liaison aux résidus phospho-sérine ou phospho-thréonine présents sur les protéines cibles ou adaptatrices.
  • PB2, bien qu'apparenté, joue un rôle architectural et modulateur, contribuant à la stabilité du complexe et à la spécificité contextuelle du ciblage.

Remarque : sur la figure, pPon est un peptide phosphorylé utilisé comme modèle pour l’étude de la reconnaissance phospho-dépendante par le domaine Polo-Box.

Les assemblages en dimères de dimères observés en cristallographie reflètent des contacts de cristallisation et non une oligomérisation stable in vivo.

2. Le substrat se fixe dans une fente structurale formée à l’interface entre PB1 et PB2, constituant une gorge de reconnaissance intégrée du domaine Polo-Box (Phospho-Pon Binding-Mediated Fine-Tuning of Plk1 Activity 2016).

a. Le motif reconnu par le PBD est typiquement S-pS/T-X (Ser-phospho-Ser/Thr-suivant), avec préférence pour pThr quand il est entouré de résidus compatibles (Structural and functional analyses of minimal phosphopeptides targeting the polo-box domain of polo-like kinase 2010).

La charge positive partielle de la gorge PB1-PB2 favorise la stabilisation du groupement phosphate et impose une orientation précise du peptide, conditionnant la fidélité de reconnaissance.

b. Dans le domaine Polo-Box, une poche cryptique hydrophobique (cryptic hydrophobic pocket ou Tyr pocket) est un site auxiliaire adjacent à la gorge phospho-dépendante, qui accueille des résidus hydrophobes de certains substrats (A cryptic hydrophobic pocket in the polo-box domain of the polo-like kinase PLK1 regulates substrate recognition and mitotic chromosome segregation 2019).

  • Interactions peptides à SpT et PBD de Plk1
    Interactions peptides à SpT et PBD de Plk1
    (Figure : vetopsy.fr d'après Yun et coll)
    Cette poche n’apparaît que dans des conformations ouvertes du PBD et module la sélectivité de liaison de Plk1 envers différents partenaires.
  • Ce double mode de liaison, gorge + poche hydrophobe, permet à Plk1 de discriminer entre différents sous-ensembles de substrats.

3. Ce mode de reconnaissance confère à Plk1 une capacité de ciblage séquentiel vers différentes plateformes subcellulaires, lui permettant de se localiser successivement :

4. Ainsi, le domaine Polo-Box confère à Plk1 un mode d’action contextuel en assurant un adressage spatio-temporel phospho-dépendant qui restreint l’activité kinase aux plateformes cellulaires définies par l’état mitotique local et l’architecture cellulaire, plutôt que par une régulation autonome de type transcriptionnel ou cyclique.

Activation et régulation de Plk1

L’activation de Plk1 est un processus multifactoriel et séquentiel, garantissant que son activité n’émerge qu’au moment et aux emplacements compatibles avec l’engagement mitotique (Structural regulation of PLK1 activity: implications for cell cycle function and drug discovery 2025).

1. En interphase et jusqu'à la fin de la phase S, Plk1 est maintenue dans une conformation autoinhibée grâce à des interactions intramoléculaires entre son domaine Polo-Box (PBD) et son domaine kinase, ainsi que par l’existence de formes dimériques fonctionnellement inhibées.

2. En phase G2 précoce, la protéine Bora, exprimée et accumulée spécifiquement pendant cette phase, agit comme cofacteur d’activation en se liant à Plk1 et en stabilisant un état pré-mitotique réversible, qui limite toute activité kinase prématurée tout en préparant la protéine à une activation rapide.

Dynamique des cyclines du cycle cellulaire
Dynamique des cyclines du cycle cellulaire
(Figure : vetopsy.fr)

3. En phase G2 tardive, Bora est phosphorylée par le complexe cycline B/CDK1 (MPF), étape préalable indispensable.

  • Cette phosphorylation stabilise la protéine et favorise la formation d’un complexe transitoire Plk1-Bora, créant un état conformationnel permissif à la phosphorylation du site d’activation Thr210 par Aurora A.
  • Tant que Bora n’est pas phosphorylée par CDK1, elle ne favorise pas efficacement l’activation de Plk1.

4. En phase G2 tardive, à la transition G2/M, Aurora A, localisée aux centrosomes, active alors Plk1 par phosphorylation de la thréonine 210 située dans la boucle d’activation du domaine kinase, modification indispensable à l’adoption d’une conformation active induisant (Cross-Talk between AURKA and Plk1 in Mitotic Entry and Spindle Assembly 2015) :

  • une transition conformationnelle majeure, rendant la boucle d’activation catalytiquement compétente,
  • la dissociation des formes oligomériques pour une forme monomérique fonctionnelle.

a. Cette phosphorylation est stable dans le contexte mitotique et n’est inversée qu’en sortie de mitose par l’action des phosphatases PP1 et PP2A.

b. Parallèlement, la poursuite de la phosphorylation de Bora sur plusieurs sites, par CDK1 et probablement d’autres kinases mitotiques, génère un phospho-dégron reconnu par le complexe SCFβ-TrCP, conduisant à sa polyubiquitination et à sa dégradation protéasomale.

La dégradation de Bora met fin à son rôle de cofacteur d’activation initial sans affecter l’état actif de Plk1, désormais maintenu dans le contexte mitotique.

Structure de Plk1 (Polo-like Kinase 1)
Régulation et activation de Plk1 (Polo-like Kinase 1)
(Figure : vetopsy.fr d'après Chapagai et coll)

Remarque : dans la figure ci-dessus, la présence d’une enveloppe dans un schéma associé à une activité nucléaire de Plk1 doit être comprise comme une simplification graphique, et non comme une affirmation d’un passage actif de Plk1 à travers des pores nucléaires pendant la prométaphase.

5. Après la rupture de l’enveloppe nucléaire à la transition prophaseprométaphase, l’accès de Plk1 à l’ensemble de ses substrats devient possible.

a. Une fois phosphorylée sur Thr210, Plk1 est recrutée, via son domaine Polo-Box, sur des plateformes subcellulaires pré-phosphorylées où elle phosphoryle localement des régulateurs du fuseau, des attachements kinétochoriens et de la zone médiane.

b. Cette action localisée s’inscrit dans une boucle de rétroactivation positive avec le complexe cycline B/CDK1 par :

  • l'activation de régulateurs positifs comme Cdc25, favorisant ainsi la montée rapide et globale de l’état
  • mitotique,
  • l'inhibition fonctionnelle de régulateurs négatifs comme Wee1 et Myt1 (PKMYT1), limitant toute réversion prématurée vers un état interphasique.

PLK1 et cycle cellulaire

Plk1 et interphase

En interphase, son activité s’exerce principalement durant la phase G2 tardive et la transition G2/M, où elle rend possible la bipolarisation future du fuseau sans encore en organiser la structure.

1. Plk1 contribue à la maturation des centrosomes.

a. Il phosphoryle des composants clés du matériel péricentriolaire (PCM), notamment PCNT (péricentrine), CEP192 et CDK5RAP2 (CEP215) ce qui entraîne :

b. Parallèlement, Plk1 phosphoryle Nlp (Ninein-like protein), entraînant sa dissociation du centrosome. et levant ainsi un frein structurel qui contribue à l’expansion du PCM et favorise la nucléation mitotique massive des microtubules.

Cette maturation centrosomale prépare la formation d’asters mitotiques robustes, indispensables à la migration et à la séparation ultérieure des pôles.

2. Parallèlement, Plk1 amplifie la séparation des centrosomes initiée par Nek2 en activant les forces mécaniques d’écartement.

Ainsi, en interphase tardive, Plk1 ne construit pas encore le fuseau mitotique, mais établit un état cytoplasmique et centrosomal permissif, caractérisé par des pôles compétents, une nucléation microtubulaire accrue et des forces d’écartement prêtes à être mobilisées lors de l’engagement mitotique.

Plk1 et prophase

En prophase, Plk1 intervient comme kinase relais du signal mitotique, en aval de l’activation initiale du complexe cycline B/CDK1 (MPF).

1. Plk1 renforce l’engagement irréversible en mitose en contribuant à l’amplification et à la propagation spatiale de l’état mitotique depuis les centrosomes vers le reste de la cellule.

  • Elle joue un rôle clé dans le renforcement des boucles de rétroactivation du réseau mitotique, en particulier l’axe MPF ➞ Cdc25 ➞ MPF, accélérant la montée globale de l’activité CDK1.
  • En parallèle, elle participe à la levée progressive des freins à l’entrée en mitose, notamment par l’inhibition fonctionnelle de Wee1 et Myt1 (PKMYT1), supprimant les phosphorylations inhibitrices résiduelles de CDK1 et favorisant l’engagement irréversible de la cellule dans l’état mitotique.

2. Sur le plan organisationnel, Plk1 ne prépare plus les pôles mais déclenche la mise en œuvre effective de la mise en place du fuseau mitotique naissant en orchestrant plusieurs processus clés :

  • l’activation fonctionnelle des centrosomes déjà maturés, par la phosphorylation de composants du matériel péricentriolaire, notamment PCNT (péricentrine), CEP192 et CDK5RAP2 (CEP215), ce qui favorise l’expansion du matériel péricentriolaire (PCM) et le recrutement des complexes γ-TuRC,
  • l’organisation rapide et coordonnée des microtubules polaires, par la phosphorylation de protéines associées aux microtubules et aux pôles, telles que Nde1/Ndel1, TACC3 et CLIP-170, permettant l’établissement d’une architecture bipolaire dynamique,
  • la synchronisation des compartiments nucléaire et cytoplasmique, par la phosphorylation de régulateurs du cycle cellulaire, en particulier Cdc25, via l’activation de Cdc25 et l’inhibition fonctionnelle de Wee1 et Myt1, assurant une montée cohérente et globale de l’état mitotique.

Plk1 et prométaphase

En prométaphase, Plk1 réoriente son activité vers la coordination spatiale du fuseau mitotique et la capture des chromosomes, en synchronisant la dynamique microtubulaire, l’organisation bipolaire et le maintien de l’état mitotique global.

1. Plk1 favorise l’exploration spatiale du fuseau.

a. Ce processus est nécessaire à la capture des chromosomes en :

b. Cette coordination favorise l’établissement et le maintien d’une architecture bipolaire du fuseau, condition indispensable à la capture, au repositionnement et au réalignement progressif des chromosomes.

2. Plk1 assure la cohérence temporelle de l’état mitotique en prométaphase en contribuant au maintien et à la propagation du signal mitotique imposé par le complexe cycline B/CDK1 (MPF), empêchant toute sortie prématurée de mitose tant que les attachements kinétochoriens ne sont pas stabilisés.

Plk1 et métaphase

1. En métaphase, Plk1 contribue au maintien fonctionnel de l’état métaphasique et à la robustesse du fuseau.

2. Plk1 agit ainsi comme une kinase de consolidation, assurant la fiabilité mécanique du fuseau et la cohérence enzymatique de l’état métaphasique, tout en maintenant la cellule prête à engager rapidement la transition vers l’anaphase lorsque les conditions sont réunies.

Plk1 en anaphase et télophase

1. En anaphase et en télophase, Plk1 n’initie plus les transitions mitotiques, mais accompagne les phases tardives de la division en coordonnant le remodelage du fuseau et la préparation spatiale de la cytokinèse.

Plk1 participe à la réorganisation du fuseau central et à la définition de la zone médiane par la phosphorylation de composants clés du complexe centralspindlin et de ses régulateurs.

  • Elle module notamment l’activité et la localisation de PRC1 et de MKLP1 (KIF23), favorisant l’alignement, la stabilisation contrôlée et la cohérence des faisceaux de microtubules antiparallèles.
  • En parallèle, Plk1 ajuste les propriétés mécaniques du fuseau tardif par la phosphorylation de protéines associées aux microtubules polaires et interpolaires, telles que KIF4A, CLASP1/2 et TACC3, contribuant au contrôle de la longueur des microtubules, à leur stabilité et à la coordination avec l’allongement du fuseau en anaphase B.

2. Cette activité s’accompagne d’une relocalisation progressive de Plk1 vers la zone médiane, où elle contribue à :

L’extinction progressive de l’activité de Plk1 ne constitue pas un mécanisme autonome, mais s’inscrit dans la bascule globale kinases-phosphatases qui gouverne la sortie de mitose, conduisant au démantèlement du fuseau tardif, à la transition vers la cytokinèse et à la réinitialisation des centrosomes vers un état interphasique.

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