• Comportement du chien et
    du chat
  • Celui qui connait vraiment les animaux est par là même capable de comprendre pleinement le caractère unique de l'homme
    • Konrad Lorenz
  • Biologie, neurosciences et
    sciences en général
  •  Le but des sciences n'est pas d'ouvrir une porte à la sagesse infinie,
    mais de poser une limite à l'erreur infinie
    • La vie de Galilée de Bertold Brecht

Cycle cellulaire
Reproduction cellulaire : mitose
Cytokinèse : régulation moléculaire et abscission

Sommaire
définition

La cytokinèse est régulée par des modules équatoriaux spécialisés et par l’activité coordonnée d’Aurora B, des phosphatases PP1/PP2A et des complexes du fuseau central, qui conditionnent l’activation locale de RhoA, la formation du sillon et l’engagement de l’abscission.

Régulations moléculaires de la cytokinèse

1. Les régulations de la cytokinèse sont ici abordées sous un angle fonctionnel et spatial, en mettant l’accent sur les acteurs équatoriaux assurant le couplage entre le fuseau central et le cortex cellulaire.

  • Les actions d’Aurora B et du complexe CPC, ainsi que celles des phosphatases PP1/PP2A, qui assurent la transition ordonnée entre la mitose nucléaire et la division du cytoplasme, sont abordées dans cette page.
  • Les rôles de CDK1 et de Plk1 dans la sortie de mitose sont développés dans leurs chapitres correspondants (loupe sortie de mitose).

2. La mise en place et la dynamique de la cytokinèse reposent sur un réseau dense de régulateurs, illustré notamment par l’identification de plusieurs dizaines de protéines impliquées dans l’assemblage de l’anneau contractile chez la levure, modèle ayant largement contribué à la compréhension des principes généraux de la cytokinèse (Assembly Mechanism of the Contractile Ring for Cytokinesis by Fission Yeast 2008).

Complexe centralspindlin et sa régulation

Le complexe centralspindlin constitue un nœud central de la régulation moléculaire de la cytokinèse, assurant le couplage fonctionnel entre le fuseau central, le cortex équatorial et la signalisation RhoA (The contractile ring 2011).

1. Le complexe centralspindlin est un hétérotétramère stable, composé de deux dimères (Centralspindlin: at the heart of cytokinesis 2012).

Complexe centralspindlin
Complexe centralspindlin
(Figure : vetopsy.fr d'après Glotzer)

a. Le dimère de kinésine MKLP1 (famille des kinésines 6 : KIF23 chez l'homme) contient (Cytokinesis: Centralspindlin Moonlights as a Membrane Anchor 2013:

  • le domaine moteur en région N-terminale,
  • un long lien (linker),
  • une superhélice (coiled-coil)
  • une région globulaire C-terminale.

b. Le dimère de la protéine MgcRacGAP (Rho GAP, appelée aussi Cyk4), GTPase activatrice des petites GTPases Rho comprend :

  • une région N-terminale liée au long linker de MKLP1,
  • une super-hélice,
  • une région interne apparemment sans structure,
  • un domaine C1, qui peut se lier à la membrane plasmique,
  • un domaine C-terminal RhoGAP.

2. Ce complexe s’accumule spécifiquement sur les microtubules antiparallèles de la zone médiane du fuseau, puis persiste au niveau du pont intercellulaire et du corps intermédiaire.

La localisation équatoriale de centralspindlin résulte de signaux générés à la sortie de mitose, notamment du repositionnement du complexe CPC (Chromosomal Passenger Complex), complexe qui comprend Aurora B (loupe repositionnement du complexe CPC).

3. Une fois positionné, centralspindlin intervient dans la cytokinèse en :

Couplage de l’anneau contractile à la membrane plasmique

Pour que la constriction de l’anneau contractile aboutisse à la séparation des deux cellules filles, la force générée par le réseau actomyosine doit être transmise à la membrane plasmique.

Ce couplage mécanique repose sur plusieurs protéines spécialisées.

1. L'anilline est une protéine d'échafaudage (scaffold protein) comprenant plusieurs domaines fonctionnels assurant son rôle d’interface entre l’anneau contractile et la membrane plasmique (Anillin, an Organizer of Cytokinesis 2012 et How to scaffold the contractile ring for a safe cytokinesis - lessons from Anillin-related proteins 2009).

a. Sa région C-terminale contient un domaine PH (Pleckstrin Homology), responsable de l’ancrage à la membrane plasmique via les phosphoinositides, condition essentielle à la transmission de la force de constriction.

Anilline
Anilline et ses liaisons
(Figure : vetopsy.fr)

b. En aval, on trouve le domaine AH (Anillin Homology), impliqué dans l’interaction avec RhoA, MgcRacGAP et les septines, contribuant à l’organisation spatiale du réseau actomyosine et à la cohésion du pont intercellulaire en fin de cytokinèse (Anillin, an Organizer of Cytokinesis 2012 et Cytoplasmic anillin and Ect2 promote RhoA/myosin II-dependent confined migration and invasion 2025).

  • Les septines forment en effet des structures filamentaires corticales au niveau du sillon de clivage, où elles agissent comme échafaudages mécaniques et barrières de diffusion, stabilisant l’ancrage de l’anneau contractile à la membrane plasmique et confinant la machinerie de cytokinèse à la région équatoriale (Anillin 2010).
  • En cytokinèse tardive, la région AH de l’anilline peut également contribuer à son association avec les microtubules du pont intercellulaire, renforçant le couplage entre cortex équatorial et architecture microtubulaire, sans jouer un rôle organisateur du fuseau (Anillin directly crosslinks microtubules with actin filaments 2025).

c. La région N-terminale comporte :

  • une région fonctionnelle associée à la formine,
  • des domaines d’interaction avec l’actine filamentaire et la myosine II, permettant de stabiliser mécaniquement l’anneau contractile au cortex équatorial.

Remarque : au-delà de la cytokinèse, l’anilline est impliquée plus largement dans les processus de prolifération et de migration cellulaires par sa capacité à organiser le cortex actomyosine et à intégrer la signalisation RhoA (Anillin is an emerging regulator of tumorigenesis, acting as a cortical cytoskeletal scaffold and a nuclear modulator of cancer cell differentiation 2020 et The myriad roles of anillin 2010).

2. Le complexe centralspindlin contient un domaine C1 atypique d'environ 50 acides aminés, dont deux histidines et six cystéines dont l'espacement est régulé par deux Zn++ (Centralspindlin links the mitotic spindle to the plasma membrane during cytokinesis 2012).

Ce domaine C1, distinct des domaines C1 classiques des protéines kinases C, ne fonctionne pas comme un capteur de diacylglycérol et n’exerce aucune activité enzymatique, mais contribue à l’ancrage transitoire du complexe centralspindlin à la membrane plasmique, renforçant le couplage entre le fuseau central, le cortex équatorial et l’anneau contractile lors de la cytokinèse.

Abscission

L’abscission correspond à l’étape finale de la cytokinèse et assure la scission membranaire irréversible au niveau du corps intermédiaire (midbody), après l’achèvement de la constriction cytoplasmique.

  • Elle repose sur la transformation progressive de la zone médiane en une plateforme spécialisée nécssaire à la séparation finale des deux cellules filles.
  • L’abscission est un événement distinct de la constriction de l’anneau contractile, soumis à un contrôle strict et retardé tant que l’intégrité du matériel génétique n’est pas assurée.

L’abscission marque ainsi la transition finale entre une cellule en division et deux cellules filles autonomes, tant sur le plan structural que fonctionnel.

Contrôle de l’engagement de l’abscission par Aurora B (NoCut)

L’anneau contractile assure l’étranglement du cytoplasme, mais l’abscission ne s’engage pas automatiquement à l’issue du recrutement de la machinerie ESCRT et demeure soumise à un contrôle terminal.

livre

Vous pouvez lire : Mechanics and Regulation of Mitotic Exit and Cytokinesis (2023) qui comprend sept articles.

1. L’abscission ne peut être engagée que lorsque la ségrégation chromosomique est complète, afin d’éviter la formation de cellules tétraploïdes (Aurora B-Mediated Abscission Checkpoint Protects against Tetraploidization 2009).

  • La présence de chromatides retardataires, de ponts chromosomiques (chromatin bridges) ou de défauts de ségrégation persistants bloque la progression vers l’abscission et empêche la coupure membranaire finale.
  • Tant qu’Aurora B reste active au niveau du corps central, l’abscission est inhibée.
Mécanisme de l'abscission
Mécanisme de l'abscission
(Figure : vetopsy.fr d'après Andrade et Echard)

2. Aurora B met en œuvre un mécanisme de contrôle terminal, appelé checkpoint d’abscission (NoCut), qui retarde la coupure membranaire en présence d’anomalies chromosomiques.

a. Le complexe CPC, via la région centrale de la boréaline (résidus 110-207), interagit avec la sous-unité CHMP4C du complexe ESCRT-III, établissant un lien fonctionnel entre la signalisation d’Aurora B et la machinerie d’abscission (Abscission checkpoint control: stuck in the middle with Aurora B 2012).

b. CHMP4C agit alors comme un relais inhibiteur en bloquant la progression fonctionnelle d’ESCRT-III.

3. La levée du checkpoint d’abscission intervient lorsque les anomalies chromosomiques ont été résolues.

Extinction enzymatique du signal Aurora B en cytokinèse tardive

L'extinction du signal Aurora B constitue une étape clé de la cytokinèse tardive, distincte du checkpoint d’abscission proprement dit.

Elle correspond à la neutralisation progressive de l’activité kinase maintenue au niveau du corps intermédiaire et conditionne la levée définitive de l’état pré-abscission.

1. En télophase et en cytokinèse, l’activité des phosphatases PP1 et PP2A augmente localement au niveau équatorial et orchestre la déphosphorylation coordonnée de multiples composants impliqués dans la signalisation mitotique résiduelle (loupebascule kinases-phosphatases lors d la sortie de mitose)

a. PP1 déphosphoryle INCENP, sous-unité centrale du complexe CPC, ce qui entraîne la perte de l’ancrage fonctionnel d’Aurora B aux microtubules du corps intermédiaire (midbody).

Cette déphosphorylation provoque la disparition de son gradient équatorial, marquant l’extinction spatiale du signal inhibiteur.

b. Les complexes PP2A-B56 et PP2A-B55 déphosphorylent plusieurs cibles majeures d’Aurora B encore actives en cytokinèse tardive, notamment Nedc80, KNL1, MKLP1/KIF23 et PRC1.

Cette déphosphorylation réduit l’impact fonctionnel du signal Aurora B sur les structures équatoriales et met fin aux contraintes moléculaires maintenant l’état pré-abscission.

2. La disparition du gradient d’Aurora B entraîne une série de transitions moléculaires clés, incluant :

  • la perte de la stabilisation équatoriale imposée sur centralspindlin et PRC1,
  • la levée des freins équatoriaux qui maintenaient l’état pré-abscission,
  • la création d’un état permissif au recrutement séquentiel de la machinerie ESCRT.

Cette extinction enzymatique constitue ainsi le verrou moléculaire reliant la résolution des événements mitotiques à l’engagement irréversible de la coupure membranaire finale.

Mécanisme moléculaire de l’abscission

L’exécution de l’abscission correspond à l’étape terminale de la cytokinèse et repose sur l’activation mécanique de la machinerie complexe ESCRT-III (Endosomal Sorting Complex Required for Transport), désormais libérée de l’inhibition imposée par le checkpoint d’abscission et par l’activité résiduelle d’Aurora B.

Complexe ESCRT
Complexe ESCRT
(Figure : vetopsy.fr d'après Christ et Hill)

1. Après la levée des freins moléculaires, CEP55 s’accumule au niveau du corps intermédiaire et agit comme une plateforme d’assemblage reliant l’architecture microtubulaire du midbody aux machineries de remodelage membranaire (Knowing when to cut and run: mechanisms that control cytokinetic abscission 2013 et Cytokinetic Abscission: Molecular Mechanisms and Temporal Control 2014).

a. Elle permet le recrutement des adaptateurs ALIX et TSG101 qui assurent le recrutement fonctionnel de la voie ESCRT.

  • Corps intermédiare (midbody)
    Corps intermédiare (midbody)
    (Figure : vetopsy.fr d'après Addi, et coll)
    Ces adaptateurs permettent l’organisation locale du complexe ESCRT-III, dont les sous-unités CHMP s’assemblent progressivement au niveau d’un site d’abscission distal, spatialement distinct du centre du midbody.
  • CHMP4B constitue l’effecteur clé de la constriction membranaire lors de l’abscission.

b. L’assemblage d’ESCRT-III s’accompagne de la polymérisation de filaments hélicoïdaux capables de générer une contrainte de courbure membranaire.

Cette organisation entraîne l’amincissement progressif du pont intercellulaire et prépare la membrane à la fission finale (loupe mécanisme de ESCRT-III)

2. En parallèle, la spastine, ATPase de type AAA, est recrutée pour assurer la section des microtubules résiduels du corps intermédiaire, levant les dernières contraintes mécaniques opposées à la coupure membranaire.

Remarque : cette cascade fonctionnelle, i.e. PRC1/centralspindlinCEP55ALIX et TSG101ESCRT-III (CHMP4B) ➞ spastine ➞ abscission, décrit la continuité moléculaire reliant l’organisation du fuseau central à la coupure membranaire finale.

bien

L’abscission s’achève par la séparation complète et irréversible des deux cellules filles, marquant la fin du processus de division cellulaire.

Contribution des endosomes à l’abscission

1. Les endosomes ou corps multivésiculaires (MVE/MVB) participent activement à l’abscission en fournissant un support membranaire et organisationnel à la machinerie ESCRT, un mode d’action caractéristique de cette voie.

Ils apportent localement des membranes et des lipides au niveau du pont intercellulaire par des événements de fusion contrôlée avec la membrane plasmique, fournissant la surface nécessaire au remodelage et à l’amincissement progressif de la zone d’abscission.

2. En parallèle, les MVB contribuent au recrutement et à l’organisation locale de la machinerie ESCRT en véhiculant des adaptateurs, des protéines de tri et des lipides favorisant la courbure membranaire.

Ce couplage entre endosomes et ESCRT est notamment assuré par des complexes spécialisés, tels que le Flemmingsome, reliant ALIX, la synténine et syndécane-4 (loupesyndécanes et voie synténine/ALIX) indispensables à l’achèvement de la cytokinèse (The Flemmingsome reveals an ESCRT-to-membrane coupling via ALIX/syntenin/syndecan-4 required for completion of cytokinesis 2020).

Sortie de mitose

1. La réorganisation du cortex et de la membrane plasmique prépare la stabilisation des deux cellules filles.

  • Après l’abscission, la membrane plasmique se referme et se stabilise autour de chaque cellule fille.
  • Le cortex d’actine se réorganise en un réseau isotrope, les tensions équatoriales disparaissent et la mécanique corticale retrouve les propriétés requises pour l’adhésion, la migration et la reprise des fonctions interphasiques.

2. La réactivation progressive des programmes nucléaires marque la sortie définitive de la mitose.

Le réassemblage des pores nucléaires, la réimportation des facteurs nucléaires, la reprise de la transcription et la reconstitution de l’architecture chromatinienne ramènent progressivement les deux noyaux en état fonctionnel de phase G1.

Ce rétablissement coordonné marque la fin de la division cellulaire et la restitution d’un cycle cellulaire opérationnel.

Retour au début de la mitose