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Cycle cellulaire
Kinases mitotiques majeures
Aurora B et CPC (Chromosomal Passenger Complex)

Sommaire
définition

Aurora B est la kinase centrale du complexe CPC qui assure la correction des attachements kinétochore-microtubules, le contrôle du SAC et l’orchestration tardive de la cytokinèse.

Aurora B et CPC (Chromosomal Passenger Complex)

1. Aurora B est une kinase sérine/thréonine mitotique dont la fonction centrale consiste à assurer la fidélité des interactions chromosome-fuseau et la cohérence mécanique de la division cellulaire, depuis la prométaphase jusqu’à l’achèvement de la cytokinèse, au sein du complexe chromosomal passager (CPC).

a. Son activité ne déclenche pas l’entrée en mitose, mais s’inscrit en aval du signal complexe cycline B/CDK1 (MPF), qu’elle exploite pour surveiller, corriger et stabiliser les attachements kinétochore-microtubules, ainsi que pour contrôler le point de contrôle du fuseau (SAC), sans intervenir dans l’organisation globale du fuseau mitotique.

b. Elle se distingue ainsi fonctionnellement :

2. Aurora B opère selon une logique chromosomique et tension-dépendante, fondée sur sa localisation dynamique au centromère, au kinétochore interne, puis à la région équatoriale, où son activité est continuellement ajustée par la géométrie du fuseau et l’état des forces mécaniques.

Structure d'Aurora B et du CPC (Chromosomal Passenger Complex)

Aurora B n’exerce pas son activité sous forme isolée, mais fonctionne comme la sous-unité catalytique du Chromosomal Passenger Complex (CPC), dont l’organisation structurale, la composition et la dynamique conditionnent directement son activation et ses fonctions mitotiques.

Structure des kinases Aurora
Structure des kinases Aurora
(Figure : vetopsy.fr d'après Willems et coll)

Structure d’Aurora B

Aurora B est une kinase sérine/thréonine mitotique appartenant à la famille des kinases Aurora, qui comprend également Aurora A et Aurora C, partageant une organisation générale similaire mais des spécialisations fonctionnelles distinctes (The functional diversity of Aurora kinases: a comprehensive review 2018).

1. Son domaine kinase comprend :

  • un lobule N-terminal, riche en feuillets β, impliqué dans la fixation de l’ATP et la flexibilité conformationnelle (loupe structure des kinases),
  • un lobule C-terminal, majoritairement α-hélicoïdal, responsable de l’orientation du substrat et de l’activité catalytique,
  • une boucle d’activation interlobulaire contenant un résidu thréonine conservé, Thr232 chez l’homme, dont la phosphorylation est indispensable à l’acquisition d’une activité enzymatique efficace.
Organisation structurale et fonctionnelle du Chromosomal Passenger Complex (CPC) avec Aurora B
Organisation structurale et fonctionnelle du Chromosomal Passenger Complex (CPC) avec Aurora B
(Figure : vetopsy.fr d'après Azeez et coll)

2. À l’état basal, la boucle d’activation d’Aurora B adopte une conformation instable incompatible avec une catalyse efficace, ce qui limite fortement son activité en l’absence de cofacteur, en particulier INCENP.

3. Le tableau suivant, qui n’a pas vocation à être exhaustif, montre les principaux substrats phosphorylés par Aurora B au cours du cycle mitotique, classés selon la phase mitotique dominante, la localisation subcellulaire et la conséquence fonctionnelle principale, afin de mettre en évidence son rôle transversal.

Substrat phosphorylé Phase principale Localisation Conséquence fonctionnelle
Histone H3 Prophase-
métaphase
Chromatine
centromérique
Organisation du centromère interne et ancrage fonctionnel du CPC
CENP-A
(indirect)
Centromère Ajustement de l’architecture centromérique et du domaine d’activité du CPC
INCENP
(auto-régulation)
Prophase
-télophase
CPC Stabilisation et amplification de l’activité d’Aurora B au sein du CPC
NDC80
(Hec1)
Prométaphase-
métaphase
Kinétochore Diminution de l’affinité microtubule-kinétochore lors des attachements incorrects
KNL1 Kinétochore Régulation de la stabilité des attachements et contrôle du SAC
Dsn1 Kinétochore Ajustement de l’interface KMN et correction dépendante de la tension
MCAK
(Kif2C)
Kinétochore/
microtubules
Promotion de la correction des attachements erronés par dépolymérisation locale
Ska1 Métaphase Kinétochore
externe
Modulation de la stabilité des attachements end-on
MKLP1
(KIF23)
Anaphase-
télophase
Fuseau central/
zone médiane
Recrutement et stabilisation du complexe centralspindlin
PRC1 (indirect) Zone médiane Organisation des microtubules antiparallèles du fuseau central
RhoGEF-H1 Cytosol/cortex Levée de l’inhibition liée aux microtubules et permissivité du cortex équatorial
Survivin (BIRC5) Télophase CPC/midbody Stabilisation transitoire du CPC tardif avant l’extinction du signal
Myosine II (chaînes régulatrices) Télophase-
cytokinèse
Cortex
équatorial
Ajustement de la contractilité corticale et positionnement du sillon

Organisation et composition du CPC

1. Le Chromosomal Passenger Complex (CPC) constitue la plateforme fonctionnelle centrale de l’activité d’Aurora B.

Il assure la coordination spatio-temporelle entre ségrégation chromosomique, signalisation du fuseau et cytokinèse, grâce à une localisation dynamique du centromère vers la zone équatoriale (plaque équatoriale), puis vers le fuseau central et la région équatoriale en anaphase-télophase.

Structure des composants du CPC (Chromosomal Passenger Complex)
Structure des composants du CPC (Chromosomal Passenger Complex)
(Figure : vetopsy.fr d'après Krenn et Musachio)

2. Les protéines dites " passagères " se caractérisent par leur intégration transitoire au sein du CPC constitué de :

  • Aurora B, sérine/thréonine kinase, dont l’activité mitotique dépend strictement de son intégration au sein du complexe,
  • INCENP (INner CENtromere Protein), plateforme d’assemblage et cofacteur allostérique essentiel, assurant l’activation locale d’Aurora B par la stabilisation de sa boucle d’activation, condition nécessaire à une catalyse efficace,
  • la survivine, composant structural contribuant à la stabilité et à l’ancrage du complexe, faiblement exprimée dans la plupart des tissus adultes mais fréquemment surexprimée dans les cancers (Survivin (BIRC5): Implications in cancer therapy 2024).
  • la boréaline, élément structural stabilisant l’architecture du CPC et participant au confinement spatial de l’activité kinase.
livre

Vous pouvez étudier ces différentes molécules dans : The Chromosomal Passenger Complex (CPC): From Easy Rider to the Godfather of Mitosis 2012).

Régulation d'Aurora B par INCEP
Régulation d'Aurora B par INCEP
(Figure : vetopsy.fr d'après Azeez et coll)

3. L’activité kinase d’Aurora B est intrinsèquement faible en l’absence de cofacteur et dépend étroitement de son association avec INCENP, qui constitue l’élément central de sa régulation allostérique au sein du CPC (Structural mechanism of synergistic activation of Aurora kinase B/C by phosphorylated INCENP 2019).

a. La liaison d’INCENP au domaine catalytique d’Aurora B stabilise la boucle d’activation de la kinase dans une conformation compatible avec la catalyse, conditionnant ainsi l’établissement d’un état enzymatique actif.

Cette interaction favorise l’autophosphorylation d’Aurora B et permet un accès efficace aux substrats, sans modifier la spécificité intrinsèque de la kinase.

b. INCENP agit donc comme un coactivateur enzymatique permissif, garantissant que l’activité d’Aurora B ne s’exprime qu’au sein des plateformes structurales où le CPC est correctement assemblé et positionné.

CPC  (Chromosomal Passenger Complex)
CPC (Chromosomal Passenger Complex)
(Figure : vetopsy.fr d'après Carmena et coll)

Organisation spatiale de l’activité d’Aurora B

Activité centromérique d’Aurora B

La localisation centromérique du Chromosomal Passenger Complex (CPC) repose sur des signaux épigénétiques spécifiques portés par la chromatine centromérique interne (The Ins and Outs of Aurora B Inner Centromere Localization 2017).

Modèle de localisation du CPC au centromère
Modèle de localisation du CPC au centromère
(Figure : vetopsy.fr d'après Krenn et Musachio)

1. À l’entrée en mitose, la phosphorylation de l’histone H3 sur Thr3 (H3-Thr3-P) constitue un signal chromatinien clé.

  • Elle est catalysée par la kinase Haspin activée par des phosphorylations dépendantes du complexe cycline B/CDK1 (MPF) et de Plk1, établissant un lien direct entre l’activation mitotique globale et la signalisation chromatinienne locale.
  • Elle crée un site d’ancrage spécifique reconnu par le complexe CPC via la survivine, permettant le recrutement initial d’Aurora B au centromère interne, préalable à l’établissement du système de correction des attachements kinétochoriens.

Remarque : le terme " centromère interne " est utilisé dans le contexte d’Aurora B et du Chromosomal Passenger Complex (CPC) pour désigner une zone fonctionnelle plutôt qu’une entité structurale distincte.

  • Il correspond à la chromatine péricentromérique située entre les deux kinétochores sœurs, enrichie en nucléosomes H3/H4 canoniques porteurs de marques mitotiques spécifiques, notamment H3-Thr3-P et H2A-Thr120-P.
  • Cette région constitue une plateforme chromatinienne de signalisation tension-dépendante, permettant le recrutement et l’activité du CPC au voisinage immédiat des kinétochores, sans correspondre au centromère CENP-A, ni au CCAN (Constitutive Centromere-Associated Network) proprement dits.

2. Ce mécanisme est renforcé par une voie parallèle impliquant la marque chromatinienne H2A-T120-P, histone H2A phosphorylée sur Thr120 par Bub1, qui recrute les shugoshines et contribue à la stabilisation du positionnement du CPC au centromère interne, en renforçant l’ancrage centromérique face aux forces exercées par le fuseau (loupe rôles des shugoshines).

  • En reconnaissant H2A-T120-P, les shugoshines établissent une plateforme centromérique stable qui, via le recrutement local de PP2A, module l’état de phosphorylation des composants centromériques.
  • Recrutement de CPC au centromère par la survivine
    Recrutement de CPC au centromère par la survivine
    (Figure : vetopsy.fr d'après Krenn et Musachio)
    Elles contrebalancent les forces de dissociation susceptibles de déplacer le CPC vers le kinétochore externe, assurant ainsi le maintien d’un gradient d’activité d’Aurora B centré sur la chromatine péricentromérique, lien mécanique et signalétique avec le fuseau mitotique (loupe complexe KMN).

3. L’intégration de ces signaux assure un ciblage précis du CPC au centromère interne, condition indispensable à l’activité correctrice d’Aurora B sur les attachements kinétochoriens.

  • Cette activité, prédominante lors de la transition prométaphase-métaphase, garantit l’élimination des attachements incorrects (loupe Aurora B et métaphase).
  • Elle permet en parallèle la stabilisation sélective des attachements soumis à une tension bipolaire adéquate, préalable à la satisfaction du point de contrôle du fuseau (SAC).

Remarque : sur la figure ci-dessous, HP1 est une protéine de l’hétérochromatine péricentromérique qui, via la reconnaissance de H3K9me3 et des interactions avec INCENP, contribue au positionnement initial du CPC, avant d’être relâchée lors des transitions mitotiques (The Chromosomal Passenger Complex (CPC): From Easy Rider to the Godfather of Mitosis 2012).

Mis14 correspond à NSL1 du complexe Mis12 (Mis12C) chez les mammifères.

Recrutement de CPC au centromère
Recrutement de CPC au centromère
(Figure : vetopsy.fr d'après Carmena et coll)

Repositionnement du CPC vers le fuseau central

Modèle de la “ laisse ” de chien dans la fonction du CPC
Modèle de la “ laisse ” de chien dans la fonction du CPC
(Figure : vetopsy.fr d'après Krenn et Musachio)

Stabilisation sur les microtubules antiparallèles

La relocalisation du CPC s’amorce dès l’entrée en anaphase, puis s’achève en télophase, selon une progression continue.

1. Au moment de la transition métaphase-anaphase, l’extinction rapide de l’activité du complexe cycline B/CDK1 (MPF) modifie l’état global de phosphorylation cellulaire.

Cette transition ne déclenche pas à elle seule la migration du CPC, mais lève les contraintes qui maintenaient Aurora B et ses partenaires au centromère.

2. À partir de l’anaphase A, le CPC commence à quitter les régions centromériques et à s’accumuler progressivement sur les microtubules antiparallèles du fuseau mitotique.

Cette redistribution devient pleinement visible et fonctionnellement stabilisée en télophase, lorsque le CPC se concentre dans la zone équatoriale (plaque équatoriale), puis sur le fuseau central et enfin au niveau du futur sillon de division et du corps central.

a. Ce déplacement dépend de la phosphorylation préalable par Plk1 de MKLP2/KIF20A, kinésine de la famille 6, qui assure le transport et l’ancrage sur le fuseau central (Targeting Aurora B to the Equatorial Cortex by MKlp2 Is Required for Cytokinesis 2013).

b. La déphosphorylation d'INCENP par Cdc14, phosphatase activée en sortie de mitose, préalablement phosphorylée par CDK1, consolide l’ancrage du complexe sur le fuseau central.

Remarque : la phosphatase Cdc14 joue un rôle central et indispensable dans la sortie de mitose chez la levure, où elle gouverne la bascule globale kinases-phosphatases.

  • Chez les mammifères, ses homologues CDC14A et CDC14B sont conservés mais n’assurent pas cette fonction maîtresse.
  • Leur action est restreinte, locale et contextuelle, notamment au niveau du CPC et d’INCENP lors du repositionnement tardif du complexe sur le fuseau central.

Établissement du gradient équatorial d’Aurora B

Une fois le CPC stabilisé sur le fuseau central, Aurora B établit un domaine équatorial d’activité kinase.

Aurora B et phosphatases pendant l'anaphase
Aurora B et phosphatases pendant l'anaphase
(Figure : vetopsy.fr d'après Ali et Stukenberg)

1. Son activité est maximale au centre du fuseau et décroît progressivement vers le cortex équatorial, générant un gradient de phosphorylation orienté perpendiculairement à l’axe du fuseau, maximal au niveau du fuseau central et décroissant vers la périphérie cellulaire.

2. Ce gradient, structuré par la stabilisation du CPC via MKLP2 et ses interactions avec le réseau d’actomyosine, s’étend jusqu’au cortex équatorial, où l’activité kinase d’Aurora B devient faible mais fonctionnellement significative.

Dans cette région corticale, l’activité résiduelle d’Aurora B est suffisante pour moduler l’état de phosphorylation des myosines corticales et des régulateurs associés du cortex actomyosine.

bien

Cette modulation définit une zone corticale contractile correspondant au futur sillon de clivage, spatialement alignée avec le plan équatorial du fuseau.

3. Le signal équatorial ainsi généré fournit l’instruction positionnelle reliant la géométrie du fuseau central à l’activation localisée des effecteurs de la cytokinèse, notamment centralspindlin et les régulateurs de la voie RhoA.

Transmission du signal équatorial
d’Aurora B au complexe centralspindlin

L’établissement du domaine équatorial d’activité d’Aurora B sur le fuseau central permet le recrutement sélectif du complexe centralspindlin dans la zone médiane.

  • MKLP1 et MgcRacGAP forment le complexe hétérotétramérique constitutif qui est préexistant.
  • L'extinction du complexe cycline B/CDK1 (MPF) lève l’inhibition mitotique sur Plk1, qui devient dominant, permettant la phosphorylation de MKLP2, ce qui autorise la relocalisation et le maintien du CPC au niveau équatorial.

CDK1 inhibe fonctionnellement PLK1 en maintenant les substrats et les plateformes de la cytokinèse dans un état phosphorylé et spatialement inactif, empêchant PLK1 d’exercer ses fonctions tardives tant que la métaphase n’est pas achevée.

Remarque : ce positionnement s’appuie sur l’architecture des microtubules antiparallèles, organisée et stabilisée par PRC1, qui constitue une plateforme structurale essentielle du fuseau central.

1. À partir de l’anaphase, une fois positionné dans la zone équatoriale, le CPC et donc Aurora B, phosphoryle MKLP1 (KIF23) au sein du complexe centralspindlin.

a. Cette phosphorylation :

  • augmente l’affinité de MKLP1 pour les microtubules antiparallèles,
  • stabilise centralspindlin sur le fuseau central,
  • favorise son enrichissement spécifique dans la zone médiane.

b. À ce stade, centralspindlin constitue une plateforme structurale reliant le fuseau central au cortex équatorial, jouant un rôle principalement organisationnel et préparatoire, en amont de l’activation des voies contractiles responsables de la formation et de la progression du sillon.

Centralspindlin est alors stabilisé par son organisation hétérotétramérique associant MKLP1 et MgcRacGAP.

Relocalisation du CPC (Chromosomal Passenger Complex)
Relocalisation du CPC (Chromosomal Passenger Complex)
(Figure : vetopsy.fr d'après Carmena et coll)

3. En amont, Aurora B phosphoryle RhoGEF-H1, une GEF (Guanine nucleotide exchange factor) de RhoA, ce qui lève son inhibition dépendante des microtubules et permet sa mobilisation fonctionnelle vers le cortex équatorial (Spatiotemporal dynamics of GEF-H1 activation controlled by microtubule- and Src-mediated pathways 2019).

  • Cette étape ne déclenche pas directement la formation du sillon de clivage.
  • Elle agit comme un préconditionnement cortical, en rendant le cortex équatorial globalement permissif à l’activation de RhoA, sans imposer encore de focalisation spatiale stricte.

4. Dans ce contexte permissif, centralspindlin, via sa sous-unité MgcRacGAP, organise le recrutement et la régulation des composants effecteurs de la voie RhoA, en particulier la GEF ECT2 (The Epithelial Cell Transforming Sequence 2, a Guanine Nucleotide Exchange Factor for Rho GTPases, Is Repressed by p53 via Protein Methyltransferases and Is Required for G1-S Transition 2006).

  • Contrairement à RhoGEF-H1, ECT2 agit comme une GEF effectrice focalisée car son association à centralspindlin restreint spatialement son activité au cortex équatorial situé en regard du fuseau central.
  • Cette organisation assure une activation locale, soutenue et polarisée de RhoA, condition indispensable à l’assemblage de l’anneau contractile et à la formation puis à la progression du sillon de clivage.

Rôles d'Aurora B pendant le cycle cellulaire

En interphase, Aurora B est présente sous une forme peu active et ne remplit pas de fonction mitotique et son activation et sa spécialisation fonctionnelle sont strictement restreintes aux phases mitotiques.

Aurora B et prophase

En prophase, Aurora B, au sein du complexe CPC (Chromosomal Passenger Complex), s’accumule progressivement sur les chromosomes et les régions centromériques, où elle participe à la mise en place de l’état mitotique, sans intervenir encore dans l’organisation du fuseau.

1. À ce stade, son activité cible principalement des substrats chromatiniens et centromériques, notamment les histones et des composants structuraux du centromère, contribuant à :

2. Cette localisation et cette activité préparent le dispositif correcteur qui sera pleinement mobilisé en prométaphase pour le contrôle des attachements chromosome-microtubules, sans intervention directe encore sur le fuseau mitotique, ni sur la signalisation du point de contrôle du fuseau (SAC).

Aurora B et prométaphase

En prométaphase, Aurora B agit comme kinase de correction des attachements kinétochoriens dépendante de la tension, au sein du CPC centromérique.

1. Sur le plan mécanistique, Aurora B perçoit l’absence ou l’insuffisance de tension entre les kinétochores sœurs, situation caractéristique des attachements incorrects.

Aurora B phosphoryle des composants du complexe KMN d’attachement kinétochore-microtubule, principalement Ndc80, KNL1 et Dsn1 (complexe Mis12), ce qui réduit l’affinité des microtubules pour les kinétochores lorsque les forces de tension sont insuffisantes ou mal orientées.

  • Cette activité maintient les attachements incorrects dans un état instable, favorisant leur dissociation et leur correction avant l’anaphase, notamment dans le cas d’attachements syntéliques ou mérotéliques, tant que la tension bipolaire adéquate n’est pas établie.
  • Tant que la tension exercée entre les chromatides sœurs est insuffisante, Aurora B conserve ainsi une activité corrective.
Effets de la tension sur la structure du centromère et du kinétochore
Effets de la tension sur la structure du centromère et du kinétochore
(Figure : vetopsy.fr d'après Krenn et Musachio)

2. Ce mécanisme de correction assure que seuls les attachements soumis à une tension bipolaire adéquate sont stabilisés, sous la forme d’attachements end-on durables, condition indispensable à l’extinction du point de contrôle du fuseau (SAC) et à la transition vers la métaphase, sans que la correction active ne se poursuive au-delà de cette phase.

Aurora B et métaphase

En métaphase, Aurora B demeure localisée au centromère et au kinétochore interne, au sein du complexe CPC, mais n’agit plus comme une kinase correctrice active. S

Son rôle devient essentiellement permissif et référentiel, dépendant de l’état mécanique atteint par les chromosomes.

1. Lorsque les chromosomes sont correctement bi-orientés et soumis à une tension adéquate, les chromatides soeurs s'éloignent physiquement de la zone centromérique enrichie en Aurora B et en ses substrats kinétochoriens.

  • Cet éloignement spatial réduit l’accès effectif des composants du complexe KMN à la zone d’activité kinase d’Aurora B, sans nécessiter d’extinction enzymatique active.

2. La diminution de l’influence d’Aurora B permet alors la déphosphorylation relative des composants kinétochoriens par l’action dominante des phosphatases locales, conduisant à la stabilisation passive des attachements microtubule-kinétochore corrects.

Ces attachements end-on stables assurent le maintien de la plaque équatoriale et la persistance d’un état mécaniquement équilibré du fuseau.

3. Aurora B agit ainsi en métaphase comme un capteur mécanosensible spatial, assurant que seuls les attachements soumis à une tension bipolaire adéquate persistent avant la levée du point de contrôle du fuseau (SAC) et la transition vers l’anaphase.

Aurora B en anaphase

En anaphase, Aurora B cesse progressivement son rôle de correcteur des attachements, mais conserve une fonction organisationnelle essentielle au niveau du fuseau central, consécutive à son repositionnement spatial.

1. Après la séparation des chromatides soeurs, le complexe CPC se relocalise du centromère vers la zone médiane du fuseau, suivant les microtubules polaires antiparallèles du fuseau central.

Cette relocalisation marque la transition fonctionnelle d’Aurora B, associée à l’abandon définitif de toute activité liée aux kinétochores.

  • Elle n’intervient plus dans la surveillance des attachements kinétochoriens.
  • Elle participe à l’organisation spatiale du fuseau tardif.

2. Dans la zone médiane, Aurora B phosphoryle des composants impliqués dans la stabilité et la structuration des microtubules interpolaires, contribuant à la coordination entre l’allongement du fuseau (anaphase B) et la mise en place de la future zone de cytokinèse, sans intervenir directement dans les mécanismes moteurs de séparation.

Aurora B en télophase

En télophase, Aurora B devient un régulateur spatial de la transition fuseau-cytokinèse, au sein du CPC relocalisé au fuseau central.

1. Localisée au niveau de la zone médiane, puis du corps intermédiaire (midbody), Aurora B participe à :

  • la stabilisation transitoire des microtubules résiduels du fuseau central,
  • la définition précise de la zone de séparation cellulaire,
  • la coordination entre la fin de la ségrégation chromosomique et l’engagement de la cytokinèse.

2. Son activité contribue à maintenir une organisation contrôlée du midbody, sans intervenir dans les forces motrices d’écartement, mais en assurant la cohérence structurale et temporelle de la division tardive, en particulier jusqu’à l’abscission.

3. Elle participe aussi au contrôle de progression, appelé NoCut checkpoint, qui assure que la séparation chromosomique est entièrement achevée avant l’abscission finale.

  • Ce mécanisme de surveillance tardif intervient en télophase et au début de la cytokinèse pour détecter la présence éventuelle de chromatides retardataires ou de ponts chromosomiques persistant dans la zone médiane ou au niveau du corps intermédiaire (midbody).
  • En cas d’ADN résiduel au niveau du corps intermédiaire, l’activité persistante d’Aurora B au midbody empêche l’engagement final de l’abscission, retardant la cytokinèse jusqu’à résolution complète de l’anomalie.

L’extinction progressive de l’activité d'Aurora B ne constitue pas un mécanisme autonome, mais s’inscrit dans la bascule globale kinases-phosphatases qui gouverne la sortie de mitose, conduisant au démantèlement du fuseau tardif, à la transition vers la cytokinèse et à la réinitialisation des centrosomes vers un état interphasique.

Aurora B en cytokinèse et lors de l'abscission

En cytokinèse, Aurora B agit comme un régulateur temporel et spatial de la séparation cellulaire en contrôlant l’engagement et le déroulement de l’abscission.

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