• Comportement du chien et
    du chat
  • Celui qui connait vraiment les animaux est par là même capable de comprendre pleinement le caractère unique de l'homme
    • Konrad Lorenz
  • Biologie, neurosciences et
    sciences en général
  •  Le but des sciences n'est pas d'ouvrir une porte à la sagesse infinie,
    mais de poser une limite à l'erreur infinie
    • La vie de Galilée de Bertold Brecht

Reproduction : fécondation
Achèvement de la méiose ovocytaire
et réorganisation post-fécondation

Sommaire
  1. Reproduction
    1. Vue d'ensemble
      1. Reproduction et sexualité
      2. Comportement sexuel
      3. Physiologie de la reproduction
    2. Reproduction chez le chien
    3. Reproduction chez le chat
  2. Anatomie du système génital
  3. Physiologie de la reproduction
    1. Mise en place pendant la période embryonnaire
    2. Puberté
    3. Gamétogenèse
      1. Cellules germinales et cellules somatiques
      2. Méiose
      3. Spermatogenèse
      4. Ovogenèse
    4. Fonction ovarienne
      1. Vue d'ensemble de l'activité cyclique
        1. Cycle ovarien
        2. Cycle oestral
        3. Cycle menstruel
      2. Évolution de la fonction ovarienne au cours de la vie
      3. Développement folliculaire
        1. Vue d'ensemble du développement folliculaire
        2. Sortie de la réserve ovarienne
        3. Croissance basale des follicules
        4. Cycle ovarien ou développement folliculaire terminal
          1. Phase folliculaire
          2. Phase ovulatoire : ovulation
          3. Phase lutéale
        5. Cycle des voies génitales
          1. Cycle menstruel
          2. Cycle vaginal et vulvaire
    5. Coït ou copulation
      1. Coït chez le chien
      2. Coït chez le chat
      3. Érection
      4. Éjaculation
    6. Fécondation
      1. Voyage des spermatozoïdes vers l'ovule
      2. Survie des ovules et des spermatozoïdes
        1. Chez la femme
        2. Chez la chienne
        3. Chez la chatte
      3. Capacitation des spermatozoïdes
        1. Définition et rôles
        2. Phénomènes cellulaires
        3. Reconnaissance et fixation primaire du spermatozoïde à la zone pellucide
      4. Réaction acrosomique des spermatozoïdes
        1. Exocytose du contenu acrosomique
        2. Fixation secondaire du spermatozoïde
        3. Passage de la zone pellucide
      5. Fusion du spermatozoïde et de l'ovule
        1. Reconnaissance et fusion des membranes plasmiques
        2. Incorporation du spermatozoïde
          1. Réaction corticale : échec à la polyspermie
          2. Fin de la méiose II ovocytaire
          3. Devenir des organites du spermatozoïde après la fusion
            1. Membranes plasmique et acrosomique
            2. Centriole
            3. Formation des pronuclei
            4. Autres organites
          4. Formation du zygote
  4. Gestation
    1. Vue d'ensemble
    2. Préimplantation
    3. Nidation
    4. Embryogenèse
      1. Annexes foetales
      2. Placenta
      3. Développement embryonnaire
    5. Gestation chez le chien
    6. Gestation chez le chat
    7. Alimentation de la mère pendant la gestation
  5. Parturition (mise bas)
    1. Vue d'ensemble
    2. Physiologie de la parturition
    3. Parturition chez la chienne
    4. Parturition chez la chatte
  6. Lactation 

 

bien

La fusion des deux gamètes (spermatozoïde et ovocyte) déclenche l’achèvement de la méiose ovocytaire, la formation transitoire des pronucléi et l’établissement du zygote, première cellule d’un nouvel individu.

La fusion du spermatozoïde avec l'ovocyte provoque une libération massive de Ca++ intracellulaire d'origine ovocytaire (entre 1 à 3 minutes après la fusion) qui provoque :

Fin de la méiose II ovocytaire

bien

La reprise de la méiose II de l'ovocyte (bloqué en métaphase de la méiose II avant la fécondation) est provoquée par l'élévation du Ca++ intraovocytaire, déjà responsable de la réaction corticale.

Cytostatic Factor (CSF) et blocage en métaphase II

1. Le complexe cycline B/CDK1 (MPF) est l'acteur promoteur de la phase M (mitose et méiose).

a. Dans une division classique, une fois que la cellule est arrivée en métaphase, le complexe cycline B/CDK1 doit être inactivé par la dégradation de la cycline B par le complexe APC/C pour le passage en anaphase, puis la fin de la division.

b. Dans l’ovocyte II, cette chute n’a pas lieu spontanément.

  • La cellule est maintenue artificiellement en métaphase II par un ensemble de mécanismes spécifiques de la méiose ovocytaire, regroupés sous le terme de Cytostatic Factor (CSF).
  • Ce système est spécifique de la méiose ovocytaire et n’a pas d’équivalent strict en mitose.

2. Le Cytostatic Factor (CSF) ne correspond pas à une protéine unique, mais à un ensemble coordonné de mécanismes moléculaires qui maintiennent l’ovocyte bloqué en métaphase de la méiose II.

Sa fonction centrale est d’empêcher l’activation effective du complexe APC/C, et donc la dégradation de la cycline B, maintenant ainsi une activité élevée du complexe cycline B/CDK1 (MPF).

3. Chez les vertébrés, le composant clé du CSF est la protéine Emi2 (appelée Erp1 chez Xenopus) qui comprend (Emi2 Inhibition of the Anaphase-promoting Complex/Cyclosome Absolutely Requires Emi2 Binding via the C-Terminal RL Tail 2010 et Dynamic Regulation of Emi2 by Emi2-Bound Cdk1/Plk1/CK1 and PP2A-B56 in Meiotic Arrest of Xenopus Eggs 2011) :

  • des motifs de type D-Box/KEN-box mimétiques,
  • un domaine C-terminal riche en résidus chargés,
  • une région de liaison spécifique à Cdc20.

a. Emi2 inhibe l’APC/C en se liant directement au coactivateur Cdc20, i.e. mimant les signaux de reconnaissance des substrats de l’APC/C, ce qui permet à Emi2 d’occuper les sites de liaison normalement utilisés par la cycline B et la sécurine.

b. Le maintien d’Emi2 et la stabilité du CSF reposent sur une cascade de signalisation spécifique très active dans l’ovocyte qui comprend (Across the meiotic divide – CSF activity in the post-Emi2/XErp1 era 2008) :

  • la kinase Mos, dont le rôle principal est d’activer durablement la voie MAPK dans l’ovocyte,
  • la voie MAPK (ERK1/2), qui stabilise l’état métaphasique en maintenant l’organisation du fuseau et la stabilité des chromosomes condensés et agissant comme plateforme de signalisation pour activer des effecteurs en aval, notamment p90RSK.
  • la kinase p90RSK, qui phosphoryle Emi2 sur des sites spécifiques, la protégeant de la dégradation et maintenant sa capacité à inhiber l’APC/C.
Inhibition d’APC/C par le SCF en méiose II
Inhibition d’APC/C par le SCF en méiose II
(Figure : vetopsy.fr d'après Wu et Kornbluth)

c. La phosphorylation d’Emi2 par la voie Mos–MAPK–p90RSK stabilise cette interaction, mais le CSF et le MPF ne fonctionnent pas indépendamment et forment une boucle de rétrocontrôle positive :

  • le CSF empêche la dégradation de la cycline B,
  • la cycline B maintient CDK1 active,
  • l’activité CDK1 contribue indirectement à la stabilité des composants du CSF.

d. Dans l’ovocyte bloqué en métaphase II, PP2A agit comme un mécanisme de maintenance en enlèvant continuellement les phosphorylations qui rendraient Emi2 instable, empêchant ainsi l’activation de l’APC/C et la dégradation de la cycline B.

4. Lors de la fécondation, Ca++active principalement la CaMKII (Ca²⁺/calmoduline-dependent protein kinase II),, qui agit en amont en modifiant l’équilibre kinase/phosphatase et en favorisant l’activité de Plx1 sur Emi2, notamment sur des sites chevauchant ou proches de ceux phosphorylés par la voie Mos-MAPK-p90RSK.

Ce processus  :

  • modifie la conformation d’Emi2,
  • expose ses motifs de reconnaissance par le système de dégradation,
  • transforme Emi2 d’inhibiteur stable en substrat de l’APC/C.

b. La dégradation d’Emi2 lève progressivement l’inhibition exercée sur l’APC/C, permettant l’ubiquitination et la dégradation protéasomale de la cycline B, la chute de l’activité CDK1 et la sortie de métaphase II.

Achèvement de la méiose II ovocytaire

1. L'ovocyte finit sa méiose, ce qui conduit :

Remarque : le site d’expulsion du deuxième globule polaire correspond à une région corticale spécialisée, distincte du site de fusion du spermatozoïde, ce qui limite le risque de perturbation de la ségrégation chromosomique, ce qui évite une aneuploïdie (nombre anormal de chromosomes).

2. Quant au devenir des globules polaires, il dépend du stade méiotique auquel ils sont formés.

  • Le premier globule polaire, issu de la méiose I, contient un lot haploïde de chromosomes à deux chromatides (1n, 2c), mais ne participe pas à la fécondation et dégénère généralement, bien qu’il puisse, selon les espèces, subir une division équationnelle sans contribution au développement embryonnaire.
  • Le deuxième globule polaire, formé lors de l’achèvement de la méiose II, contient un lot haploïde de chromosomes à une chromatide (1n, 1c), ne subit aucune division supplémentaire et dégénère rapidement.

3. La maturation ovocytaire est différente chez la chienne pour plusieurs raisons.

  • L'ovule ovulé contient encore les 2n chromosomes et n'a pas commencé la méiose durant la croissance folliculaire, contrairement aux autres espèces.
  • L'ovocyte n'expulse ses globules polaires que 48 heures après l'ovulation.
  • L'ovocyte sécrète de la progestérone avant la lutéinisation (lutéinisation préovulatoire) et, contrairement aux autres espèces, la reprise de la méiose s'effectue avec des oestrogènes bas et de la progestérone élevée.
  • Zygote avec ses deux pronuclei
    Zygote avec ses deux pronuclei
    La maturation ovocytaire s’achève dans la trompe utérine, ce qui suggère un rôle possible des sécrétions tubaires dans la régulation de cette maturation.

Formation des pronuclei

1. Après l’entrée du spermatozoïde dans l’ovocyte II, il n’y a pas de fusion immédiate des noyaux parentaux.

Les deux génomes suivent d’abord des trajectoires distinctes au sein du cytoplasme ovocytaire.

Remarque : nous supposons, sur les schémas, que la cellule somatique ne comporte que 2 chromosomes, donc les gamètes, 1 seul.

a. L’ovocyte II, bloqué en métaphase de la méiose II, possède déjà une organisation nucléaire fonctionnelle.

  • L’entrée du spermatozoïde déclenche la reprise et l’achèvement de la méiose II, conduisant à la séparation des chromatides sœurs et à l’expulsion d’un deuxième globule polaire.
  • L’ovocyte devient alors un ovule haploïde, contenant un lot de chromosomes à une chromatide.
Reprise de la méiose II ovocytaire
Reprise de la méiose II ovocytaire
(Figure : vetopsy.fr)

b. Le spermatozoïde, quant à lui, n’apporte pas une enveloppe nucléaire fonctionnelle.

  • Son ADN, extrêmement compacté par des protamines, est rapidement décondensé après la fécondation.
  • L’enveloppe nucléaire d’origine paternelle est désorganisée et éliminée, puis le génome paternel est remodelé par des facteurs d’origine maternelle.

La chromatine spermatique se décondense sous l’action de facteurs d’origine ovocytaire, notamment par réduction des ponts disulfures des protamines. Les protamines sont alors progressivement remplacées par des histones maternelles, selon un processus inverse de celui observé lors de la spermiogenèse.

3. À ce stade, les chromosomes maternels et paternels se décondensent séparément, et deux nouvelles enveloppes nucléaires se forment indépendamment autour de chacun des génomes.

a. Il apparaît alors deux noyaux distincts, le pronucléus femelle et le pronucléus mâle, chacun contenant un génome haploïde et restant physiquement séparé de l’autre.

  • Le pronucléus mâle se forme progressivement au cours des heures suivant la fécondation (environ 8 à 10 heures chez l’humain) et est généralement plus volumineux que le pronucléus femelle.
  • Le pronucléus femelle, quant à lui, est localisé plus près des globules polaires, reflet de son origine ovocytaire.

b. La cellule issue de la fécondation constitue déjà le zygote, oeuf fécondé génétiquement diploïde au sens global, mais les deux génomes parentaux restent encore physiquement séparés au sein de pronucléi distincts.

4. Une fois les deux pronucléi établis, chacun réplique son ADN.

  • Cette réplication correspond à une phase S classique du cycle cellulaire et prépare les chromosomes à la première division cellulaire.
  • Après cette étape, les deux pronucléi contiennent toujours des génomes séparés, mais désormais sous forme de chromosomes dupliqués.
Voyage de l'ovule jusqu'à l'implantation
Voyage de l'ovule jusqu'à l'implantation
(Figure : BLEFCO avec son autorisation)

5. Lorsque la réplication est achevée, les enveloppes nucléaires des deux pronucléi se désassemblent.

Les chromosomes maternels et paternels se retrouvent alors dans un même espace cytoplasmique, sans qu’il y ait eu de fusion nucléaire préalable.

6. Un fuseau mitotique commun se met ensuite en place, sur lequel les chromosomes maternels et paternels s’assemblent et sont répartis ensemble lors de la première division mitotique.

C’est au cours de cette première mitose que chaque cellule fille reçoit, pour la première fois, un noyau contenant à la fois des chromosomes d’origine maternelle et paternelle, établissant ainsi le génome diploïde au niveau nucléaire.

Formation du zygote

Après la disparition des enveloppes pronucléaires, les chromosomes maternels et paternels dupliqués s’assemblent sur un fuseau mitotique commun.

Contrairement à une idée simplifiée, il n’y a pas de fusion directe des noyaux parentaux (caryogamie au sens strict), mais une mise en commun fonctionnelle des chromosomes lors de la première mitose.

1. La première division du zygote correspond à une mitose classique.

Germe et vitellus de l'oeuf de poule
Germe et vitellus de
l'oeuf téléolécithe de poule

Elle conduit à la formation de deux blastomères, 24 à 30 heures après la fécondation chez l'homme, à l'origine de l'embryon qui continue sa vie libre dans la trompe utérine.

2. Chez les mammifères placentaires, l'oeuf fécondé est alécithe ou oligolécithe, c’est-à-dire qu’il contient très peu de réserves vitellines, contrairement aux oeufs télolécithes caractérisés par un volume considérable de vitellus localisé à l'un des pôles, comme le jaune de l'oeuf de poule.

  • En raison de cette faible quantité de vitellus, la segmentation du zygote chez les mammifères est holoblastique, c’est-à-dire que la cellule se divise entièrement, sans restriction régionale liée aux réserves. Les divisions successives conduisent ainsi à une augmentation du nombre de blastomères sans augmentation du volume global de l’embryon.

Devenir des organites du spermatozoïde après la fusion

La fusion membranaire commence dans la région post-acrosomique de la tête du spermatozoïde.

1. La membrane acrosomique interne n’est pas intégrée à la membrane ovocytaire et est rapidement dégradée après l’entrée du spermatozoïde.

La tête, incluant le noyau spermatique, la pièce intermédiaire et une partie du flagelle, sont incorporées dans le cytoplasme de l'ovule.

Devenir des organites du spermatozoïde après la fusion avec l'ovocyte
Devenir des organites du spermatozoïde après la fusion avec l'ovocyte
(Figure : vetopsy.fr)

2. Le centriole, apporté par la pièce intermédiaire du spermatozoïde (centriole proximal) est à l'origine du fuseau méiotique et de l’organisation microtubulaire du zygote.

a. Ce centriole forme le spermaster, demi-fuseau méiotique, qui attire le pronucleus femelle vers le pronucleus mâle.

La croissance des microtubules issus du spermaster contribue au rapprochement des deux pronucléi vers le centre de la cellule.

b. Le spermaster disparaît ensuite progressivement.

Lors de la duplication, c'est ce centriole dédoublé qui formera le premier fuseau méiotique du zygote.

3. Tous les autres organites du spermatozoïde, dont les mitochondries sont éliminées par des mécanismes d’autophagie sélective, sont digérés plus ou moins rapidement par le zygote.

attention

L'ADN mitochondrial du nouvel individu est donc un ADN uniquement maternel.

Développement et vie libre de l'embryon (préimplantation)