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Corps nucléaires
Corps liés à la régulation transcriptionnelle
2.3 Corps liés à l’organisation de la chromatine
Polycomb bodies, PML body et compartiment périnucléolaire

Sommaire
définition

Les Polycomb bodies, les PML bodies et le compartiment périnucléolaire sont des compartiments nucléaires impliqués dans l’organisation de la chromatine et la régulation spatiale de l’expression génique.

Vue d’ensemble

Les corps liés à l'organisation de la chromatine regroupent des compartiments nucléaires dynamiques qui modulent l’expression génique en agissant sur l’état de la chromatine et la distribution des facteurs de transcription.

1. Contrairement aux corps ARN-dépendants impliqués principalement dans la maturation post-transcriptionnelle, ces compartiments interviennent au niveau de la régulation transcriptionnelle et de la mémoire épigénétique, en concentrant des complexes multiprotéiques capables d’établir ou de maintenir des états réprimés ou activés.

Ils participent à la compartimentation fonctionnelle du génome, en regroupant des loci spécifiques ou en recrutant des protéines impliquées dans la stabilité génomique et la réponse au stress.

2. Parmi ces compartiments figurent notamment :

  • les Polycomb bodies, impliqués dans l’établissement et le maintien de domaines de chromatine réprimée,
  • les PML bodies, plateformes nucléaires participant à la régulation transcriptionnelle, à la réponse au stress et à la stabilité génomique,
  • le compartiment périnucléolaire (PNC), associé à l’organisation de complexes ribonucléoprotéiques et fréquemment observé dans les cellules transformées.

Polycomb body

Les Polycomb bodies sont des compartiments nucléaires spécialisés ronds ou irréguliers, de 0,3 à 1,0 μm de diamètre, au nombre de 12 à 16 par noyau, contribuant à l’établissement et au maintien de la mémoire épigénétique (A view of nuclear Polycomb bodies 2012 et A repetitive elements perspective in Polycomb epigenetics 2012).

Structure et composition des complexes PRC1 et PRC2

Les Polycomb bodies sont organisés autour des protéines PcG (Polycomb-Group proteins), terme générique, formant deux complexes multiprotéiques de type PRC1 et PRC2, qui coopèrent pour établir et maintenir la répression transcriptionnelle (The molecular principles of gene regulation by Polycomb repressive complexes 2021).

PML body
PML body
(Figure : vetopsy.fr avec l'aimable
autorisation de Stig Ove Bøe)

1. Le complexe PRC2 (Polycomb Repressive Complex 2) catalyse la triméthylation de l'histone H3 sur sa lysine 27 (H3K27me3), marque épigénétique associée à la répression transcriptionnelle stable (Histone modification cross-talk and protein complex diversification confer plasticity to Polycomb repression 2026).

La répression transcriptionnelle correspond à l’inhibition de l’expression d’un gène par des facteurs répresseurs ou des co-répresseurs qui empêchent l’assemblage du complexe transcriptionnel ou induisent un état de chromatine réprimée.

a. Ses principales sous-unités comprennent :

  • EZH2 ou EZH1, sous-unité catalytique possédant l’activité méthyltransférase,
  • SUZ12, nécessaire à l’activité enzymatique et à la stabilité du complexe,
  • EED, qui reconnaît H3K27me3 et favorise la propagation de la marque,
  • RbAp46/48, impliquées dans l’interaction avec les nucléosomes.

b. Le complexe PRC2 existe également sous différentes variantes, notamment PRC2.1 et PRC2.2, qui partagent les sous-unités catalytiques EZH2, SUZ12 et EED, mais diffèrent par leurs protéines associées et leurs mécanismes de recrutement sur la chromatine.

bien

La marque H3K27me3 constitue un signal central permettant le recrutement d’autres complexes Polycomb.

Composition des complexes PRC1 et PRC2
Composition des complexes PRC1 et PRC2
(Figure : vetopsy.fr d'après Blackledge et Closes)

2. Le complexe PRC1 catalyse la monoubiquitination de l’histone H2A sur la lysine 119 (H2AK119ub) et existe sous plusieurs variantes définies par leur composition et leur mode de recrutement sur la chromatine (Polycomb repressive complex 1.1 coordinates homeostatic and emergency myelopoiesis 2023).

a. Tous les complexes PRC1 contiennent un noyau catalytique commun comprenant :

  • RING1A ou RING1B, E3 ubiquitine-ligases de type RING et sous-unités catalytiques responsables de l’ubiquitination de l’histone H2A,
  • les protéines PCGF (Polycomb group RING finger), famille de protéines PcG, qui définissent les différentes variantes de PRC1, qui contribue à la stabilité et à l’activité du complexe.

b. Les complexes PRC1 canoniques, PRC1.2 et PRC1.4, contiennent en plus :

  • les protéines CBX, capables de reconnaître la marque H3K27me3 et de recruter le complexe sur la chromatine,
  • des protéines PHC1/2, anciennement HPH1/2, famille de protéines PcG impliquées dans l’oligomérisation des complexes et l’organisation structurale des domaines Polycomb.

c. Les complexes PRC1 non canoniques, PRC1.1, 1.3, 1.5, 1.6, se distinguent par l’absence de protéines CBX, remplacées par les protéines RYBP ou YAF2, qui assurent la stabilisation du complexe et permettent son recrutement sur la chromatine indépendamment de la marque H3K27me3.

Remarque : certaines sous-unités, notamment L3MBTL2 associée au complexe PRC1.6, une forme non canonique de PRC1 impliquée dans la répression transcriptionnelle, peuvent être régulées par SUMOylation (SUMOylation of the polycomb group protein L3MBTL2 facilitates repression of its target genes 2014).

bien

H2AK119ub contribue à bloquer l’initiation transcriptionnelle et stabilise l’état réprimé.

Formation et organisation des Polycomb bodies

Les Polycomb bodies participent à l’organisation spatiale des domaines de chromatine réprimée en regroupant plusieurs loci cibles dans des compartiments nucléaires spécialisés et leur formation implique plusieurs mécanismes complémentaires (The molecular principles of gene regulation by Polycomb repressive complexes 2021).

1. Les complexes Polycomb sont recrutés sur des régions spécifiques du génome qui initie la formation de domaines réprimés enrichis en H3K27me3 (figure A), via :

a. des caractéristiques structurales de la chromatine, notamment :

  • les îlots CpG non méthylés reconnus par la protéine KDM2B, qui recrute le complexe PRC1.1 sur ces régions de l’ADN,
  • certains loci développementaux tels que les clusters HOX, dont l’expression est maintenue réprimée dans les cellules où ils ne doivent pas être activés,

b. des facteurs de transcription associés à la répression, tels que YY1, REST ou RUNX1, capables de recruter ou de stabiliser les complexes Polycomb sur la chromatine,

c. des ARN non codants (lncRNA), comme Xist lors de l’inactivation du chromosome X ou certains lncRNA développementaux, participant au ciblage des complexes Polycomb.

Formation et organisation des domaines Polycomb et des Polycomb bodies dans le noyau
Formation et organisation des domaines Polycomb et des Polycomb bodies dans le noyau
(Figure : vetopsy.fr d'après Blackledge et Closes)

2. La liaison de EED à la marque H3K27me3 stimule l’activité du complexe PRC2 et favorise la propagation de cette modification le long de la chromatine, permettant l’extension progressive du domaine réprimé (figure B) et la formation de larges régions enrichies en marques Polycomb (figure C).

Ce mécanisme assure le maintien stable de la répression transcriptionnelle et sa transmission après réplication.

3. Les complexes PRC1, notamment via les protéines PHC, possèdent des propriétés d’oligomérisation qui favorisent le rapprochement physique de plusieurs loci réprimés, conduisant à :

  • leur regroupement au sein des Polycomb bodies (figure D),
  • la concentration locale de facteurs répressifs,
  • la stabilisation spatiale de la répression transcriptionnelle dans le nucléoplasme.

Fonctions

Les Polycomb bodies sont des structures dynamiques qui peuvent se former, se dissocier ou se réorganiser pour une régulation fine et adaptable de l’expression génique en fonction :

1. Les Polycomb bodies contribuent au maintien de la mémoire épigénétique en permettant la transmission stable de l’état réprimé au cours des divisions cellulaires (The molecular principles of gene regulation by Polycomb repressive complexes 2021).

Ce mécanisme assure (Polycomb repressive complex 2 facilitates developmental transitions 2025) :

  • la conservation des programmes transcriptionnels spécifiques,
  • le maintien de l’identité cellulaire,
  • la stabilité des états de différenciation.
Modèles instructif et adaptatif
Modèles instructif et adaptatif
(Figure : vetopsy.fr d'après Blackledge et Closes)

2. En effet, les Polycomb bodies régulent l’expression de nombreux gènes impliqués dans :

  • la différenciation cellulaire,
  • le développement embryonnaire, notamment les gènes HOX, qui contrôlent l’identité positionnelle et dont l’expression doit être maintenue réprimée ou activée de manière stable selon le type cellulaire,
  • le maintien des cellules souches, dans lesquelles ils maintiennent les gènes de différenciation dans un état réprimé réversible, permettant leur activation ultérieure lors de la différenciation.

3. Les Polycomb bodies présentent une organisation dynamique au cours du cycle cellulaire, assurant la transmission fidèle de l’état transcriptionnel réprimé après chaque division cellulaire.

  • Lors de la réplication de l’ADN en phase S, les marques épigénétiques associées aux complexes Polycomb sont partiellement diluées, puis rapidement rétablies sur les chromatides sœurs par le recrutement des complexes PRC1 et PRC2, permettant la restauration des domaines réprimés.
  • Au cours de la mitose, la désorganisation de la chromatine et la disparition de nombreuses structures nucléaires s’accompagnent d’une dissociation partielle des Polycomb bodies, suivie de leur reformation progressive après la reformation de l'enveloppe nucléaire en télophase puis en début de phase G1.

PML body

Les PML bodies (Promyelocytic Leukemia bodies) sont des compartiments nucléaires sphériques de 0,3 à 1,0 μm de diamètre, présents au nombre de 10 à 30 par noyau, organisés autour de la protéine PML, qui participent à la régulation transcriptionnelle, à la réponse au stress cellulaire et à l’organisation épigénétique du génome (PML Nuclear Bodies 2010).

Structure et composition moléculaire des PML bodies

Les PML bodies sont organisés autour de la protéine PML (Promyelocytic Leukemia protein), qui constitue le composant structural central de ces compartiments.

1. La protéine PML (ProMyelocytic Leukemia), qui forme une charpente protéique par oligomérisation, existe sous plusieurs isoformes issues d’épissage alternatif, permet la formation et la stabilité des PML bodies.

La protéine PML appartient à la famille des protéines RBCC (RING finger-B-box-Coiled-Coil), caractérisées par (Cryo-EM structure of PML RBCC dimer reveals CC-mediated octopus-like nuclear body assembly mechanism 2024)  :

  • un domaine RING, domaine impliqué dans les interactions protéiques, souvent associé à des fonctions de régulation par ubiquitination ou SUMOylation.
  • des domaines B-box, domaine structural participant aux interactions entre protéines et à l’assemblage de complexes multiprotéiques,
  • une région coiled-coil, qui permet son oligomérisation et le recrutement des protéines associées.

2. Les PML bodies recrutent de nombreuses protéines impliquées dans la régulation transcriptionnelle, la stabilité génomique et la régulation épigénétique.

a. C'est le cas notamment (loupe liste) :

b. Ces protéines sont recrutées de manière dynamique selon l’état fonctionnel de la cellule.

Formation des PML bodies

1. La formation et l’organisation des PML bodies reposent sur la SUMOylation, une modification post-traductionnelle de la PML qui permet (A Tale of Usurpation and Subversion: SUMO-Dependent Integrity of Promyelocytic Leukemia Nuclear Bodies at the Crossroad of Infection and Immunity 2021) :

Parmi ces protéines, DAXX est recruté via des interactions dépendantes de la SUMOylation, contribuant à la régulation transcriptionnelle et à l’organisation de la chromatine (Three-dimensional organization of promyelocytic leukemia nuclear bodies 2010).

Biogenèse des PML bodies
Biogenèse des PML bodies
(Figure : vetopsy.fr d'après Patra et Müller)

Remarque : un paralogue spécifique, SUMO-5 peut interagir avec la lysine 160 de la protéine PML et favoriser le recrutement et la croissance des PML bodies, tout en contribuant à leur dynamique et à leur remodelage via des mécanismes impliquant la SUMOylation et l’ubiquitination des protéines associées (SUMO5, a Novel Poly-SUMO Isoform, Regulates PML Nuclear Bodies 2016).

2. La dynamique des PML bodies est régulée par des enzymes telles que RNF4, une E3 ubiquitine ligase de type RING appartenant à la classe des StUBL (SUMO-targeted ubiquitin ligases), spécialisées dans la reconnaissance des protéines poly-SUMOylées et leur ubiquitination en vue de leur dégradation protéasomale, participant ainsi au remodelage de ces compartiments nucléaires (RNF4 is a poly-SUMO-specific E3 ubiquitin ligase required for arsenic-induced PML degradation 2008).

Fonctions des PML bodies

1. Les PML bodies constituent des plateformes nucléaires impliquées dans la régulation transcriptionnelle, l’organisation épigénétique et la réponse au stress cellulaire, dont le nombre et la distribution varient selon l’état transcriptionnel, le type cellulaire et les conditions physiologiques (Exploration of nuclear body-enhanced sumoylation reveals that PML represses 2-cell features of embryonic stem cells 2021 et Multimodal Light Microscopy Approaches to Reveal Structural and Functional Properties of Promyelocytic Leukemia Nuclear Bodies 2018).

a. Les PML bodies contribuent à la régulation épigénétique en recrutant des protéines associées à la chromatine et en participant à l’établissement ou au maintien d’états transcriptionnels spécifiques.

b. Les PML bodies jouent un rôle important dans la réponse aux dommages de l'ADN et au stress cellulaire en recrutant des protéines impliquées dans la réparation de l’ADN, la sénescence et l’apoptose.

Lors de dommages à l’ADN, la kinase ATM (Ataxia Telangiectasia Mutated) phosphoryle KAP1 (KRAB-Associated Protein 1), induisant des modifications de la chromatine associées à une augmentation du nombre de PML bodies, suggérant un lien fonctionnel entre organisation chromatinienne et dynamique des PML bodies (KAP1 depletion increases PML nuclear body number in concert with ultrastructural changes in chromatin 2011).

c. Les PML bodies participent à la régulation du cycle cellulaire et à la stabilité génomique, notamment via l’interaction avec des protéines telles que p53 et ATRX, impliquées dans le contrôle des points de contrôle.

Structure et fonctions des PML bodies
Structure et fonctions des PML bodies
(Figure : vetopsy.fr d'après Hoischen et coll)

2. Les PML bodies sont des structures dynamiques dont l’organisation varie au cours du cycle cellulaire (PML Bodies in Mitosis 2019).

  • Lors de la mitose, la désorganisation de l’enveloppe nucléaire s’accompagne d’une dissociation partielle des PML bodies.
  • Après la reformation de l'enveloppe nucléaire en fin de mitose, les PML bodies se reforment progressivement, permettant la restauration de leurs fonctions nucléaires.
PML body à différentes étapes du cycle cellulaire
PML body à différentes étapes du cycle cellulaire
(Figure : vetopsy.fr d'après Lang et Bøe)

Compartiment périnucléolaire

Le compartiment périnucléolaire (PNC, Perinucleolar Compartment) est un compartiment nucléaire situé à la surface du nucléole, de 0,3 à 1,0 μm de diamètre, généralement présent au nombre de 1 à 4 par noyau.

Localisation du compartiment périnucléolaire (PNC)
Localisation du compartiment périnucléolaire (PNC)
(Figure : vetopsy.fr d'après Makeyev et Huang)

1. Les PNC contiennent (liste dans The Perinucleolar Compartment 2010) :

PNC dans les cellules cancéreuses
PNC dans les cellules cancéreuses
(Figure : vetopsy.fr d'après Makeyev et Huang)

2. Les PNC ne constituent pas des sites actifs de transcription, mais des compartiments d’accumulation et d’organisation de petits ARN et de complexes ribonucléoprotéiques (The perinucleolar compartment: structure, function, and utility in anti-cancer drug development 2024).

  • Les PNC sont principalement observés dans les cellules transformées, c’est-à-dire des cellules ayant acquis des altérations génétiques ou épigénétiques conduisant à une prolifération incontrôlée et à des caractéristiques tumorales.
  • Leur présence est corrélée au degré de malignité et au potentiel métastatique, ce qui en fait un marqueur cellulaire potentiel des cellules cancéreuses agressives.

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