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Noyau : corps nucléaires
1. Corps liés à la biogenèse des ARN
1.1. Nucléole

Sommaire
définition

Le nucléole est un condensat nucléaire non membranaire spécialisé dans la biogenèse des ribosomes, qui organise la transcription des ARNr, leur maturation et l’assemblage des sous-unités ribosomiques tout en participant à la régulation du cycle cellulaire et de la réponse au stress.

Le nucléole est le plus volumineux des corps nucléaires (Nuclear Bodies) des cellules eucaryotes.

Organisation morphologique et dynamique

En microscopie électronique, le nucléole apparaît comme une structure arrondie et fortement dense, en raison de la concentration élevée d’ARN ribosomiques en cours de transcription et de protéines ribosomiques.

Nucléole
Nucléole
(Figure : vetopsy.fr)

Il est généralement entouré d’hétérochromatine périnucléolaire, qui participe à son organisation spatiale au sein du noyau.

1. Sa taille est variable et dépend directement de l’intensité de la synthèse protéique de la cellule.

Une activité ribosomique élevée s’accompagne d’une augmentation du volume nucléolaire.

2. Le nombre de nucléoles par noyau varie selon le type cellulaire et l’état physiologique.

  • Les cellules peuvent ne présenter aucun nucléole ou en posséder plusieurs par noyau, généralement jusqu’à six ou sept.
  • Leur organisation évolue au cours du cycle cellulaire.

ils se désassemblent pendant la mitose et se reforment progressivement en début de phase G1, phase de reprise de l’activité transcriptionnelle et de croissance cellulaire.

Structure du nucléole

Les nucléoles se forment autour de régions chromosomiques appelées régions organisatrices nucléolaires ou NOR (Nucleolus Organizer Region).

  • Ces régions, parties spécifiques d'un chromosome après la division du noyau, comportent plusieurs copies en tandem (tandem repeat) de gènes d'ADNr.
  • Chez l’homme, les NOR sont localisées sur les bras courts des chromosomes acrocentriques 13, 14, 15, 21 et 22, et contiennent les gènes codant les ARNr 5.8S, 18S et 28.
  • Les centromères des cellules de mammifères s'associent avec les nucléoles de manière non aléatoire.
Structure du nucléole
Structure du nucléole
(Figure : vetopsy.fr d'après l'université de Liège)

Le nucléole est composé de trois domaines morphologiquement et fonctionnellement distincts qui reflètent les différentes étapes de la biogenèse ribosomique (Nucleolar origins: challenging perspectives on evolution and function 2025).

  • Le nucléole constitue également un condensat biomoléculaire sans membrane, formé par séparation de phase liquide-liquide (LLPS).
  • Cette organisation repose sur les interactions multivalentes entre ARNr naissants, protéines ribosomiques et protéines nucléolaires intrinsèquement désordonnées.
  • Cette séparation de phase contribue à la compartimentation fonctionnelle interne du nucléole, expliquant l’organisation concentrique en centres fibrillaires, composant fibrillaire dense et composant granulaire.

1. Les centres fibrillaires (FC : Fibrillar Center) correspondent aux régions contenant les copies d’ADNr, au sein desquelles la transcription par l’ARN polymérase I s’effectue principalement à leur périphérie.

a. Les ADNr des mammifères comportent de multiples répétitions séparées par de longs espaces intergéniques (IGS ou InterGenic Spacer) d’environ 30 kb, la kilobase, 1000 paires de bases, et des régions codantes pour les pré-ARNr d’environ 14 kb.

b. Cette transcription dépend des besoins en synthèse protéique et seule, environ la moitié des centaines de copies des répétitions d'ADNr sont transcriptionnellement actives.

Organisation en sous-condensats du nucléole
Organisation en sous-condensats du nucléole
(Figure : vetopsy.fr d'après King et coll)

2. Le composant fibrillaire dense (DFC) entoure les centres fibrillaires et contient les pré-ARNr nouvellement transcrits associés à des protéines de maturation, notamment la fibrillarine et d’autres complexes snoRNP, qui assurent leur clivage et leurs modifications post-transcriptionnelles, notamment des méthylations et des pseudouridylations.

Les pré-ARNr y subissent des clivages et des modifications, conduisant à la formation des ARNr 18S, 5.8S et 28S qui seront ensuite incorporés dans les sous-unités ribosomiques.

3. Le composant granulaire (GC) contient des ARNr déjà modifiés, associés aux protéines ribosomiques, et correspond au site d’assemblage des sous-unités ribosomiques en cours de maturation.

  • C’est dans cette région que s’assemblent les sous-unités ribosomiques immatures 40S et 60S.
  • Cette zone présente une organisation hétérogène et territorialisée, avec des régions riches en particules ribosomiques en cours d’assemblage et d’autres zones moins denses.
Structure du nucléole d'un eucaryote
Structure du nucléole d'un eucaryote
(Figure : vetopsy.fr d'après Muñoz-Velasco et coll)

Composition moléculaire du nucléole

Le nucléole est un domaine nucléaire particulièrement riche en ARN et en protéines impliqués dans la biogenèse ribosomique.

  • Il contient environ 5 à 15 % d’ARN, principalement ribosomal (ARNr), ainsi qu’une proportion élevée de protéines associées à la transcription, à la maturation et à l’assemblage des ribosomes.
  • Sa composition reflète la spécialisation du nucléole comme centre de production ribosomique, tout en expliquant sa capacité à intervenir dans d’autres processus régulateurs liés à l’activité cellulaire.

1. Le nucléole contient plusieurs centaines de protéines, qui ne sont pas statiques, mais dont la localisation dépend de l’activité transcriptionnelle et du cycle cellulaire.

Les plus représentatives appartiennent aux catégories suivantes :

2. Les ARN présents dans le nucléole comprennent :

  • les pré-ARNr transcrits par l’ARN polymérase I,
  • les ARNr en cours de maturation,
  • les snoRNA (small nucleolar RNA) à boîte C/D et H/ACA, associés à des protéines pour former les complexes snoRNP,
  • certains ARN non codants régulateurs, notamment des snoRNA et des lncRNA nucléolaires, impliqués dans la régulation de la transcription des gènes ribosomiques et de l’organisation nucléolaire.

Fonctions du nucléole

Le nucléole assure principalement la biogenèse des ribosomes, mais son rôle dépasse largement la seule production ribosomique.

Il constitue un centre d’intégration fonctionnelle impliqué dans l’organisation génomique, la régulation du cycle cellulaire et la réponse aux stress cellulaires.

1. La fonction centrale du nucléole est la transcription des gènes d’ADNr par l’ARN polymérase I, la maturation des pré-ARNr et l’assemblage des sous-unités ribosomiques 40S et 60S (Ribosome heterogeneity in stem cells and development 2020).

Cette activité détermine directement la capacité de synthèse protéique de la cellule et conditionne sa croissance et sa prolifération, notamment durant la phase G1, caractérisée par une augmentation de la biogenèse ribosomique.

Diagramme schématique de la biogenèse ribosomique
Diagramme schématique de la biogenèse ribosomique
(Figure : vetopsy.fr d'après Li et Wang)

2. Le nucléole participe à l’architecture spatiale du noyau par des interactions qui contribuent à l’organisation tridimensionnelle du génome et à la compartimentation fonctionnelle du noyau (Regulation and Roles of the Nucleolus in Embryonic Stem Cells: From Ribosome Biogenesis to Genome Organization 2020).

Il est associé :

Remarque : les NAD constituent, avec les LAD (Lamina-Associated Domains) associés à la lamina nucléaire, deux systèmes complémentaires d’ancrage de l’hétérochromatine, contribuant à la compartimentation fonctionnelle et à l’organisation spatiale du génome dans le noyau.

Principaux corps nucléaires
Rôles fonctionnels du nucléole
(Figure : vetopsy.fr d'après Muñoz-Velasco et coll)

3. Outre les ribosomes, le nucléole agit comme une plateforme d’assemblage ou de maturation de plusieurs complexes ribonucléoprotéiques, notamment :

4. Le nucléole intervient dans le contrôle du cycle cellulaire en modulant la disponibilité de certaines protéines régulatrices :

5. Le nucléole constitue un capteur sensible aux perturbations cellulaires et relie directement l’activité nucléolaire au contrôle de la prolifération et à l’induction de réponses apoptotiques (p53 -Dependent and -Independent Nucleolar Stress Responses 2012).

  • Un stress affectant la transcription ribosomique ou l’intégrité nucléolaire peut entraîner une activation de voies de surveillance, notamment via la stabilisation de p53.
  • En retour, p53 peut inhiber la transcription par l’ARN polymérase I en perturbant les interactions nécessaires à l’initiation transcriptionnelle, réduisant ainsi la production ribosomique.
Stress nucléolaire
Stress nucléolaire
(Figure : vetopsy.fr d'après Olausson et coll)

6. Le nucléole est également ciblé par de nombreux virus, dont certaines protéines ou ARN transitent par ce compartiment pour faciliter leur réplication ou leur exportation.

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