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Moteurs moléculaires
Myosines
Vue d'ensemble et classification

Sommaire
définition

Les myosines sont des protéines motrices qui utilisent les microfilaments d'actine comme rails pour produire des forces et des mouvements cellulaires grâce à l'hydrolyse de l'ATP.

Contrairement aux myosines, les autres moteurs moléculaires (protéines motrices) du cytosquelette se déplacent le long des microtubules :

Vue d'ensemble des myosines

1. Les myosines, moteurs moléculaires des cellules eucaryotes, interviennent dans de nombreuses fonctions qui diffèrent selon le type cellulaire.

a. Dans les cellules musculaires (striées ou lisses), elles jouent alors un rôle essentiel dans la contraction musculaire.

b. Dans les cellules non-musculaires, elles contribuent notamment :

Animation du déplacement de la myosine V
(Animation avec l'aimable autorisation de physioweb.uvm.edu)

2. Leurs propriétés sont :

Structure générale des myosines

Toutes les myosines possèdent une architecture générale, avec un domaine moteur N-terminal qui assure la liaison aux microfilaments d'actine et couple l'hydrolyse de l'ATP à la production de force et de mouvement.

bien

La structure détaillée des myosines II, modèle de référence pour l'étude structurale des myosines, est développée dans une page spécifique.

Chaînes lourdes (HC)

La ou les deux chaînes lourdes (HC ou Heavy Chain) forment l'armature (semblable à un club de golf) et comprend trois grandes régions.

Structure générale des HC

Structure de la myosine II
Structure de la myosine II
(Figure : vetopsy.fr)

1. La tête est formée par la région N-terminale de la chaîne lourde et contient un domaine moteur relativement conservé qui assure la liaison aux microfilaments d'actine et l'hydrolyse de l'ATP, ces deux activités étant étroitement couplées.

2. Le cou, qui relie la tête à la queue, constitue le bras de levier qui amplifie les changements conformationnels du domaine moteur.

Sa longueur et son organisation varient selon les classes de myosines, notamment par le nombre de motifs IQ, qui constituent des sites de liaison à la calmoduline ou à d'autres chaînes légères apparentées, et contribuent à déterminer l'amplitude du déplacement produit par le moteur.

3. La queue (tige ou axe) formée par la région C-terminale de la chaîne lourde est la partie la plus variable selon les classes de myosines et détermine une grande partie de leurs interactions et de leurs fonctions spécifiques.

Domaines de la queue

Les domaines et motifs incorporés dans la queue sont très divers.

1. Les régions coiled-coil participent à la dimérisation de certaines myosines, comme les myosines II et V, et tandis que la dimérisation des myosines VII et X dépend davantage de leur état d'activation et de leurs interactions avec différents partenaires.

2. Plusieurs domaines participent aux interactions protéine-protéine.

a. Le domaine MyTH4 (Myosin Tail Homology 4), présent notamment dans les myosines VII, X et XV, est associé à un domaine FERM situé immédiatement en aval.

  • Les deux domaines interagissent étroitement et constituent un supramodule MyTH4-FERM impliqué dans la reconnaissance de différents partenaires.
  • Le domaine MyTH4 participe notamment aux interactions avec les microtubules, tandis que le domaine FERM contribue à la liaison de différentes protéines partenaires et à la régulation de certaines de ces myosines.

c. Le domaine SH3 est présent dans les myosines I à longue queue Myo1E et Myo1F et dans les myosines XV.

3. Certains domaines participent à la régulation de voies de signalisation.

Structure de quelques myosines
Structure de quelques myosines
(Figure : vetopsy.fr d'après Krendel)

4. Certains domaines participent aux interactions avec les lipides membranaires, comme par les domaines PH (Pleckstrin Homology), présent en 3 exemplaires dans la myosine X.

Chaînes légères (LC)

1. Les chaînes légères (LC ou Light Chains) se lient aux motifs IQ situés dans le cou de nombreuses myosines et contribuent à stabiliser le bras de levier et à moduler les propriétés du moteur.

Leur nature et leur nombre varient selon les classes de myosines.

Remarque : certaines myosines possèdent des régions de cou atypiques dans lesquelles les motifs IQ sont complétés par d'autres éléments structuraux participant au bras de levier (loupe Myo6).

2. Selon les classes de myosines, les protéines associées au cou comprennent notamment :

  • la calmoduline,
  • différentes protéines apparentées à la calmoduline, appartenant à la superfamille des protéines à mains EF (EF hand).

Classification des myosines

Les myosines forment une superfamille très diversifiée dont les membres peuvent être classés selon deux approches complémentaires :

  • leur parenté phylogénétique,
  • leurs propriétés mécanochimiques.
pas bien

La classification des myosines est complexe et continue d'évoluer avec l'identification de nouvelles myosines et l'analyse d'un nombre croissant de génomes.

1. La classification des myosines en classes repose principalement sur les relations phylogénétiques établies à partir de la séquence conservée de leur domaine moteur.

a. À l'échelle des eucaryotes, le nombre de classes reconnues varie selon les auteurs, les organismes étudiés et les méthodes phylogénétiques utilisées.

Une grande analyse phylogénomique reconnait 31 classes (Evolution and Classification of Myosins, a Paneukaryotic Whole-Genome Approach 2014), tandis qu'une analyse beaucoup plus large portant sur 7 852 myosines de 929 Eucaryotes en distingue 79 (Myosin repertoire expansion coincides with eukaryotic diversification in the Mesoproterozoic era 2017)

Les myosines connues
Diversité des myosines chez les eucaryotes
(Figure : vetopsy.fr d'après Kollmar et Mühlhausen)

b. Chez les Mammifères, la classification est beaucoup plus stable et les myosines sont réparties en 12 classes : I, II, III, V, VI, VII, IX, X, XV, XVI, XVIII et XIX (loupe diversités des myosines).

2. Indépendamment de cette classification phylogénétique, les myosines peuvent être regroupées selon leurs propriétés mécanochimiques, qui servent à la classification des moteurs :

  • la cinétique du cycle ATPasique, notamment le taux d'hydrolyse de l'ATP,
  • le rapport cyclique, i.e. la fraction du cycle mécanochimique pendant laquelle la myosine reste fortement liée à l'actine,
  • la processivité, i.e. la capacité d'une myosine à effectuer plusieurs pas successifs le long d'un microfilament d'actine sans s'en dissocier,
  • la vitesse de déplacement le long du microfilament d'actine.

Ces propriétés sont adaptées aux différentes fonctions cellulaires assurées par les myosines (Kinetic Adaptations of Myosins for Their Diverse Cellular Functions 2016).

Diversité des myosines

Les différentes classes de myosines se distinguent par leurs propriétés structurales et mécanochimiques, leurs partenaires et leurs fonctions cellulaires.

Myosine I
Myosine I
(Figure : vetopsy.fr)

1. Les myosines I, comprenant huit membres chez les mammifères, Myo1a à Myo1h, sont notamment associées aux membranes et participent à :

2. Les myosines II comprennent de nombreuses isoformes impliquées.

a. Les myosines II sont la seule classe de myosines directement impliquée dans la contraction musculaire.

b. Les myosines II non-musculaires (NMII) interviennent dans la contractilité des cellules non-musculaires, notamment au cours (Distinct roles of nonmuscle myosin II isoforms for establishing tension and elasticity during cell morphodynamics 2021) :

bien

La structure détaillée des myosines II, leur liaison aux microfilaments d'actine, leur cycle mécanochimique et leur régulation sont développés dans des pages spécifiques.

3. Les myosines IIIA et IIIB (MYO3A/B) sont particulièrement impliquées dans l'organisation de l'extrémité apicale des stéréocils des cellules ciliées (loupeextrémité apicale et croissance des stéréocils).

4. Les myosines V, comprennant trois membres, Myo5a, Myo5b et Myo5c, sont des moteurs de transport intracellulaire qui assurent le déplacement de différents cargos, notamment des organites, le long des microfilaments d'actine.

Les myosines V sont des moteurs processifs dimériques.

5. La myosine VI (Myo6) participent notamment au trafic vésiculaire, à l'endocytose et au transport intracellulaire de différents cargos.

a. La myosine VI ne comprend qu'un seul membre, Myo6, chez les mammifères, contrairement aux myosines I, II et V qui regroupent plusieurs membres.

b. La myosine VI possède à son extrémité N-terminale un petit domaine Myo N-term de type SH3-like, impliqué dans des interactions intramoléculaires qui participent à son auto-inhibition (Autoinhibition and activation of myosin VI revealed by its cryo-EM structure 2024).

c. Le domaine moteur de la myosine VI comporte un insert spécifique de 26 résidus, l'Insert-1, situé à proximité de la poche de liaison aux nucléotides qui participe à la régulation de la cinétique du moteur, notamment en ralentissant la fixation de l'ATP.

Structure simplifiée de la myosine VI
Structure simplifiée de la myosine VI
(Figure : vetopsy.fr adaptée d'après Sweeney et Houdusse)
bien

La myosine VI se distingue des autres classes de myosines par son déplacement vers l'extrémité pointue (-)des microfilaments d'actine.

d. Sa région du cou ne comporte qu'un seul motif IQ et présente une organisation particulière avec un insert spécifique de 53 résidus, l'insert-2 ou reverse gear, situé entre le convertisseur du domaine moteur et le motif IQ (The structure of the myosin VI motor reveals the mechanism of directionality reversal 2005).

  • L'Insert-2 fixe une calmoduline associée au Ca2+ (Ca2+-CaM), tandis que le motif IQ fixe une seconde calmoduline sous sa forme dépourvue de Ca2+ (apo-CaM).
  • L'Insert-2 et la calmoduline qui lui est associée forment une extension du convertisseur qui réoriente d'environ 120° le bras de levier et inverse ainsi la direction du déplacement produit par celui-ci.
Direction de déplacement des myosines VI et V
Direction de déplacement des myosines VI et V
(Figure : vetopsy.fr d'après Sweeney et Houdusse)

6. Les myosines VII comprennent Myo7a et Myo7b.

Myo7a est particulièrement importante dans les cellules ciliées de l'oreille interne, où elle participe à l'organisation des stéréocils et à l'ancrage du complexe de mécanotransduction.

7. Les myosines IX (Myo9a et Myo9b) possèdent une activité RhoGAP et interviennent dans :

Les myosines IX sont des moteurs processifs monomériques.

8. La myosine X (Myo10) est impliquée dans :

  • la formation et le fonctionnement des filopodes,
  • le transport de cargos vers leur extrémité.

Remarque : sa queue comporte trois domaines PH (Pleckstrin Homology) qui participent à son association avec la membrane plasmique.

Le deuxième domaine PH (PH2) se lie préférentiellement au PI(3,4,5)P3 ou PIP3 et contribue ainsi au recrutement de Myo10 à la membrane et à son activité dans les filopodes.

9. Les myosines XV comprennent Myo15a et Myo15b.

Myo15a (MYO15A) est essentielle à la croissance et à l'organisation des stéréocils (loupeextrémité apicale et croissance des stéréocils).

10. La myosine XVI (Myo16), principalement exprimée dans le système nerveux, participe à l'organisation des synapses et exerce des fonctions différentes dans leurs compartiments postsynaptique et présynaptique.

a. Dans le compartiment postsynaptique, Myo16 régule la dynamique du cytosquelette d'actine des épines dendritiques des cellules cérébelleuses de Purkinje (Myosin XVI Regulates Actin Cytoskeleton Dynamics in Dendritic Spines of Purkinje Cells and Affects Presynaptic Organization 2019).

  • Elle ralentit notamment le renouvellement des microfilaments d'actine.
  • La longue queue de Myo16b relie la voie PI3K au complexe régulateur WAVE1 et au complexe Arp2/3, participant ainsi au contrôle de l'organisation et du renouvellement des réseaux d'actine.
Rôles de la myosine XVI dans les synapses
Rôles de la myosine XVI dans les synapses
(Figure : vetopsy.fr d'après Telek et coll)

b. Dans le compartiment présynaptique, Myo16 contribue au maintien de la taille des terminaisons présynaptiques et de leur nombre de vésicules synaptiques (Myosin XVI in the Nervous System 2020).

En l'absence de Myo16, les terminaisons présynaptiques sont plus petites et contiennent moins de vésicules synaptiques, mais le mécanisme responsable de cet effet reste mal déterminé.

c. Myo16 possède en amont de son domaine moteur une extension N-terminale particulière, Myo16Ank, qui comporte huit répétitions ankyrine.

Cette région interagit avec la sous-unité catalytique de la protéine phosphatase 1 (PP1c) et inhibe son activité, mais la fonction physiologique précise de cette interaction reste à déterminer.

11. Les myosines XVIII (Myo18a et Myo18b) participent à l'organisation du cytosquelette d'actine et à différents processus de migration, d'adhérence et de forme cellulaires.

12. La myosine XIX (Myo19) est principalement associée aux mitochondries et participe à leur transport et à leur positionnement le long des microfilaments d'actine

Structure de la myosine II