• Comportement du chien et
    du chat
  • Celui qui connait vraiment les animaux est par là même capable de comprendre pleinement le caractère unique de l'homme
    • Konrad Lorenz
  • Biologie, neurosciences et
    sciences en général
  •  Le but des sciences n'est pas d'ouvrir une porte à la sagesse infinie,
    mais de poser une limite à l'erreur infinie
    • La vie de Galilée de Bertold Brecht

Acides nucléiques
ARN : épissage (splicing)
Vue d’ensemble et principes généraux

Sommaire
définition

L’épissage correspond à un processus de maturation des ARN au cours duquel certaines séquences internes sont éliminées et les régions conservées reliées afin de produire des ARN matures fonctionnels.

Vue d'ensemble

L’épissage des ARN constitue une étape majeure de maturation des pré-ARNm synthétisés par l’ARN polymérase II chez les eucaryotes afin de produire des ARN messagers (ARNm) matures et fonctionnels pouvant être exportés vers le cytoplasme et traduits par les ribosomes.

Cependant, l’épissage ne concerne pas uniquement les pré-ARNm et intervient également dans la maturation de certains autres ARN cellulaires ainsi que dans différents mécanismes d’auto-épissage catalysés par des ARN possédant une activité ribozymique intrinsèque (loupe ribozymes).

Types d'épissage des pré-ARNm
Types d'épissage des pré-ARNm
(Figure : vetopsy.fr d'après Benoit-Pilven)

1. L’épissage est réalisé par un complexe ribonucléoprotéique dynamique appelé spliceosome, constitué de snARN (small nuclear RNA) associés à de nombreuses protéines spécialisées formant les snRNP (small nuclear ribonucleoproteins).

Ce processus est étroitement couplé :

2. L’épissage peut être :

  • constitutif, lorsque tous les introns sont éliminés selon un schéma unique,
  • alternatif, lorsqu’un même pré-ARNm peut produire plusieurs isoformes d’ARNm par sélection différentielle des sites d’épissage, contribuant fortement à la diversification des protéines et à la spécialisation cellulaire.

Principe de l'épissage

L’épissage repose sur des mécanismes moléculaires distincts selon les organismes et les transcrits concernés et on peut notamment distinguer :

Notions d'exons et d'introns

Chez les eucaryotes, les gènes sont généralement constitués :

  • d’exons, correspondant aux séquences conservées dans l’ARNm mature,
  • d’introns, correspondant aux régions éliminées lors de la maturation.
Structure d'un gène et régulateurs
Structure d'un gène et régulateurs
(Figure : vetopsy.fr d'après Thomas Shafee)

1. Dans les pré-ARNm eucaryotes, les exons peuvent correspondre à :

  • des régions codantes traduites,
  • des régions non codantes telles que les régions UTR (untranslated regions),
  • des exons constitutifs présents dans toutes les isoformes,
  • des exons alternatifs inclus ou exclus selon les mécanismes d’épissage alternatif,
  • des microexons de très petite taille, de 3 à 27 nucléotides (parfois jusqu'à une cinquantaine selon les définitions), particulièrement abondants dans le système nerveux où leur inclusion ou leur exclusion module finement les propriétés de nombreuses protéines impliquées dans le développement neuronal, la synaptogenèse et le fonctionnement des synapses

2. Les introns présentent une diversité structurale et mécanistique importante et peuvent être classés en plusieurs grandes catégories selon leur mécanisme d’épissage et leur distribution évolutive.

a. Chez les animaux supérieurs et la majorité des eucaryotes, les introns sont principalement représentés par :

b. Les introns des groupes I et II, qualifiés d’introns autoépissables car ils sont capables de catalyser eux-mêmes leur excision, sont principalement retrouvées chez les bactéries, dans les mitochondries et chloroplastes des plantes, champignons et protistes, ainsi que chez certains eucaryotes (loupe autres mécanisme d'épissage).

3. La définition des limites des introns dépend de plusieurs éléments de séquence conservés localisés aux jonctions exon-intron (loupe jonctions exon-intron)

Épissage des pré-ARNm par le spliceosome

1. Le pré-ARNm est synthétisé lors de l'étape de l’élongation de la transcription par l’ARN polymérase II.

a. Au cours de l’élongation, le pré-ARNm naissant recrute plusieurs complexes de maturation qui comprennent :

b. L’épissage constitue ainsi l’une des principales étapes de la maturation co-transcriptionnelle des pré-ARNm avant leur export nucléaire.

2. La reconnaissance des introns dépend de plusieurs séquences consensus localisées au niveau des jonctions exon-intron.

  • Le site donneur 5′ d’épissage (5′ splice site ou 5′SS) est localisé à l’extrémité 5′ de l’intron et contient généralement un dinucléotide GU (guanosine-uridine) conservé chez le spliceosome majeur.

Il correspond à la jonction où l’extrémité amont de l’intron est initialement clivée et " donnée " à la réaction d’épissage.

  • Le site accepteur 3′ d’épissage (3′ splice site ou 3′SS) est localisé à l’extrémité 3′ de l’intron et contient généralement un dinucléotide AG (adénosine-guanosine) conservé.

Il correspond à la jonction recevant finalement l’extrémité de l’exon amont lors de la ligature des exons.

Épissage et début de l’assemblage du spliceosome
Épissage et début de l’assemblage du spliceosome
(Figure : vetopsy.fr adaptée d'après Chen et Manley)

3. Chez les mammifères, la reconnaissance des sites d’épissage repose souvent sur un mécanisme d’exon definition, dans lequel les facteurs d’épissage identifient d’abord les limites d’un exon avant de coordonner l’excision des introns flanquants (Mechanisms of alternative splicing regulation: insights from molecular and genomics approaches 2009).

Chez les organismes possédant des introns plus courts, la reconnaissance peut davantage reposer sur un mécanisme d’intron definition, centré directement sur les limites d’un même intron.

4. Le recrutement précoce du spliceosome dépend également du facteur U2AF (U2 auxiliary factor), un complexe protéique intervenant dans la reconnaissance du site 3′ d’épissage au cours des premières étapes d’assemblage spliceosomal (Revealing the role of U2AF1 in splicing regulation and chimeric RNA dynamics 2025).

a. Le complexe U2AF comprend principalement deux sous-unités :

b. U2AF agit en coopération avec la protéine SF1 (Splicing Factor 1)/BBP (Branch Point Binding Protein), qui reconnaît la séquence du point de branchement.

Ces interactions stabilisent la reconnaissance précoce de l’intron et favorisent ensuite le recrutement de la snRNP U2 au niveau du point de branchement lors des premières étapes d’assemblage du spliceosome (Branch site recognition by the spliceosome 2024 et figure a ci-dessous).

Remarque : la protéine SF1 (Splicing Factor 1) impliquée dans l’épissage ne doit pas être confondue ni avec la superfamille SF1 (Superfamily 1) des hélicases, ni avec RSF1 (Remodeling and Spacing Factor 1), une protéine associée au complexe RSF intervenant notamment dans l’organisation de la chromatine centromérique.

Facteurs régulateurs impliqués dans la reconnaissance des sites d’épissage
Facteurs régulateurs impliqués dans la reconnaissance des sites d’épissage
(Figure : vetopsy.fr d'après Tholen)

5. L’épissage catalysé par le spliceosome repose sur deux réactions successives de transestérification conduisant à l’excision de l’intron puis à la ligature des exons (loupe centre catalytique du spliceosome).

  • Une réaction de transestérification correspond à un échange de liaisons phosphodiester entre différents groupements hydroxyles d’une molécule d’ARN sans consommation directe d’ATP, contrairement à de nombreuses réactions enzymatiques de clivage ou de ligature des acides nucléiques.
  • Ces réactions sont réalisées par un centre catalytique ribozymique principalement organisé par les snARN U2 et U6 du spliceosome.

6. L’épissage spliceosomal conduit également au dépôt d’un complexe multiprotéique appelé EJC (Exon Junction Complex) généralement localisé à environ 20-24 nucléotides en amont des jonctions exon-exon nouvellement formées (A Day in the Life of the Exon Junction Complex 2020).

a. Le cœur de l’EJC comprend principalement la protéine EIF4A3 associée aux protéines MAGOH et RBM8A/Y14, ainsi qu’à différents facteurs périphériques dynamiques tels que CASC3/MLN51 ou RNPS1.

Modèles structuraux historiques et récents de l’EJC  (Exon Junction Complex)
Modèles structuraux historiques et récents de l’EJC (Exon Junction Complex)
(Figure : vetopsy.fr adaptée d'après Bono et coll et Schlautmann et coll)

b. L’EJC participe notamment :

Mécanismes d'activation de la voie NMD
Mécanismes d'activation de la voie NMD
(Figure : vetopsy.fr d'après Simms et coll)

7. Après l’épissage, les introns excisés sont généralement débranchés par l’enzyme DBR1 (debranching enzyme 1), qui hydrolyse la liaison phosphodiester 2′-5′ du lariat et transforme l’intron en ARN linéaire.

a. Cet ARN linéaire est généralement dégradé par différentes ribonucléases nucléaires, notamment par le complexe de l’exosome et les voies de dégradation des ARN.

b. Cependant, certains peuvent être stabilisés et maturés en ARN non codants fonctionnels.

  • Par exemple, certains introns contiennent des séquences précurseurs de microARN (miRNA) ou des snoARN (small nucleolar RNA), libérées après clivages enzymatiques, puis intégrées dans des complexes ribonucléoprotéiques où elles exercent des fonctions de régulation.
  • Ainsi, bien qu’éliminés du pré-ARNm, certains introns constituent une source importante d’ARN non codants impliqués dans la régulation de l’expression génique.

Remarque : la majorité des gènes d’histones réplicatifs constitue une exception parmi les gènes transcrits par l’ARN polymérase II, car leurs pré-ARNm ne contiennent généralement pas d’introns et ne subissent donc pas d’épissage spliceosomal.

Autres mécanismes d’épissage

Outre l’épissage spliceosomal des pré-ARNm eucaryotes, certains ARN utilisent des mécanismes d’épissage distincts reposant sur des propriétés catalytiques intrinsèques des ARN ou sur des complexes enzymatiques spécialisés.

1. Certains ARN de transfert (ARNt) eucaryotes, y compris chez les animaux supérieurs, contiennent également des introns éliminés par des mécanismes distincts du spliceosome (loupetranscription et maturation des ARNt).

a. Ces introns sont excisés par le complexe endonucléasique TSEN (TSEN, tRNA splicing endonuclease), qui comprend 4 sous-unités (Structural Basis for pre-tRNA Recognition and Processing by the Human tRNA Splicing Endonuclease Complex 2023 et Reconstitution of the human tRNA splicing endonuclease complex: insight into the regulation of pre-tRNA cleavage 2020).

  • La sous-unité catalytique TSEN34 réalise le clivages à la jonction 5′ de l’intron.
  • La sous-unité catalytique TSEN2 clive la jonction 3′ de l’intron.
  • TSEN54 et TSEN15 participent à la reconnaissance et à la stabilisation du complexe.
Excision des introns des pré-ARNt par le complexe TSEN
Excision des introns des pré-ARNt par le complexe TSEN
(Figure : vetopsy.fr d'après Yuan et coll)

b. Les exons sont ensuite réunis par le complexe de ligation centré sur l’ARN ligase RTCB et son cofacteur Archease, permettant la formation d’un ARNt mature fonctionnel (Structural and mechanistic insights into activation of the human RNA ligase RTCB by Archease 2024).

Remarque : les ARN ligases correspondent à des enzymes capables de relier deux fragments d’ARN par formation d’une liaison phosphodiester.

Contrairement à l’épissage spliceosomal des pré-ARNm, où la ligature des exons résulte directement des réactions de transestérification catalysées par le spliceosome, certains mécanismes d’épissage ou de réparation des ARN nécessitent l’intervention d’ARN ligases spécialisées telles que RTCB (Insights into the structure and function of the RNA ligase RtcB 2023).

2. Chez les procaryotes, dans les génomes mitochondriaux et chloroplastiques ainsi que chez certains eucaryotes inférieurs, les mécanismes d’auto-épissage des introns des groupes I et II reposent sur une activité catalytique directement portée par l’ARN lui-même, ce qui classe ces ARN parmi les ribozymes.

a. Les introns du groupe I réalisent leur excision grâce à une réaction de transestérification initiée par une molécule de guanosine libre dont le groupement 3′OH attaque le site 5′ d’épissage.

Ce mécanisme ne conduit pas à la formation d’un lariat et aboutit à la libération linéaire de l’intron.

b. Les introns du groupe II réalisent un auto-épissage utilisant le groupement 2′OH d’une adénosine interne, conduisant à la formation d’une structure en lasso (lariat) similaire à celle observée lors de l’épissage spliceosomal.

Les introns du groupe II sont principalement présents dans les bactéries ainsi que dans les génomes mitochondriaux et chloroplastiques, présentant une forte parenté évolutive avec le spliceosome eucaryote.

Principaux types d'introns et mécanismes d'épissage
Principaux types d'introns et mécanismes d'épissage
(Figure : vetopsy.fr d'après Gogarten)

Spliceosome

Le spliceosome est une machinerie ribonucléoprotéique spécialisée intervenant dans l’épissage des pré-ARNm eucaryotes.