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Acides nucléiques
ARN : traduction
Vue d'ensemble

Sommaire
définition

La traduction correspond à l'ensemble des mécanismes qui convertissent l'information portée par les ARN messagers (ARNm) en protéines grâce aux ribosomes, aux ARN de transfert (ARNt) et à de nombreux facteurs spécialisés.

Principes généraux de la traduction

Le code génétique correspond à l'ensemble des règles qui permettent d'associer les codons d'un ARN messager (ARNm) aux acides aminés incorporés lors de la synthèse des protéines.

1. La traduction met en œuvre cette information grâce à l'action coordonnée :

2. Bien que la traduction implique plusieurs centaines de protéines, d'ARN et de complexes macromoléculaires dont les interactions sont extrêmement complexes, seuls les mécanismes fondamentaux nécessaires à la compréhension du processus seront présentés.

a. La traduction comprend quatre grandes étapes :

b. La fidélité et l'efficacité de la synthèse protéique sont également assurées par différents mécanismes permettant d'adapter la traduction aux conditions physiologiques, aux signaux extracellulaires et aux situations de stress :

Codons, anticodons et lecture de l'ARNm

La traduction repose sur la reconnaissance séquentielle des codons de l'ARN messager (ARNm) par les anticodons portés par les ARN de transfert (ARNt) aminoacylés.

  • Chaque codon de l'ARNm correspond à une séquence de trois nucléotides lue par le ribosome dans le sens 5' 3'.
  • L'anticodon de l'ARNt s'apparie de manière antiparallèle au codon correspondant afin de permettre l'incorporation de l'acide aminé approprié dans la chaîne polypeptidique en croissance.
 Structure d'un ARNt et complémentarité codon-anticodon
Structure d'un ARNt et complémentarité codon-anticodon
(Figure : vetopsy.fr adaptée d'après planet-vie)

1. Les protéines utilisent 20 acides aminés standards et si chaque acide aminé était spécifié par un seul codon, 20 ARNt suffiraient théoriquement.

a. Or, on trouve 64 codons possibles du code génétique, donc 61 codons spécifient l'incorporation d'un des 20 acides aminés standards utilisés pour la synthèse des protéines et et 3 correspondent à des signaux de terminaison de la traduction.

b. Le code génétique est donc dit dégénéré, ce qui signifie que plusieurs codons différents peuvent spécifier un même acide aminé.

  • Par exemple, la leucine est codée par six codons distincts (UUA, UUG, CUU, CUC, CUA et CUG) alors que le tryptophane n'est spécifié que par un seul codon (UGG).
  • Cette dégénérescence contribue à expliquer pourquoi les cellules ne possèdent pas un ARNt différent pour chacun des 61 codons codant des acides aminés.
2ème base  
U C A G 3ème
base
1ère
base
U UUU Phénylalanine
(Phe, F)
UCU Sérine
(Ser, S)
UAU Tyrosine
(Tyr, Y)
UGU Cystéine
(Cys, C)
U
UUCUCCUACUGC C
UUA Leucine
(Leu, L)
UCA UAA STOP UGA STOP A
UUGUCGUAG STOPUGG Tryptophane
(Trp, W)
G
C CUU CCU Proline
(Pro, P)
CAU Histidine
(His, H)
CGU Arginine
(Arg, R)
U
CUCCCCCACCGCC
CUACCACAA Glutamine
(Gln, Q)
CGAA
CUGCCGCAGCGGG
A AUU Isoleucine
(Ile, I)
ACU Thréonine
(tdr, T)
AAU Asparagine
(Asn, N)
AGU Sérine
(Ser, S)
U
AUCACCAACAGCC
AUAACAAAA Lysine
(Lys, K)
AGA Arginine
(Arg, R)
A
AUG Méthionine
(Met, M)
ACGAAGAGGG
G GUU Valine
(Val, V)
GCU Alanine
(Ala, A)
GAU Aspartate
(Asp, D)
GGU Glycine
(Gly, G)
U
GUCGCCGACGGCC
GUAGCAGAA Glutamate
(Glu, E)
GGAA
GUGGCGGAGGGGG

2. Les codons peuvent être classés en trois grandes catégories selon leur rôle dans la traduction.

a. Le codon AUG, qui code la méthionine, sert le plus souvent de codon d’initiation de la traduction lorsqu’il marque le début de l’ORF, mais il peut également apparaître à l’intérieur de la séquence codante où il spécifie simplement cet acide aminé (loupeséquence de Kozak et reconnaissance du codon d'initiation)

Le cadre ouvert de lecture ou ORF (Open Reading Frame) est la région comprise entre le codon d'initiation et le codon stop.

b. Les codons sens spécifient l'incorporation des différents acides aminés au cours de la synthèse protéique (loupe cf. tableau ci-dessus).

c. Les codons de terminaison ou codons stop UAA (ochre), UAG (amber) et UGA (opal) déclenchent l'arrêt de la traduction et ne sont reconnus par aucun ARNt (loupe voie de surveillance des ARN).

  • La présence de plusieurs codons stop résulte probablement de l'évolution du code génétique primitif et contribue à la robustesse du système en limitant les conséquences de certaines mutations pouvant affecter les signaux de terminaison.
  • Chez les eucaryotes, ces codons sont reconnus par les facteurs de terminaison eRF1 et eRF3 qui se fixent au site A du ribosome et déclenchent la libération de la chaîne polypeptidique nouvellement synthétisée.

Remarque : dans certains contextes particuliers, le codon UGA peut toutefois être réinterprété comme un codon spécifiant la sélénocystéine grâce à la présence d'un élément SECIS, de la protéine SBP2 et d'un ARNtSec spécialisé (Selenocysteine insertion sequence binding protein 2 (Sbp2) in the sex-specific regulation of selenoprotein gene expression in mouse pancreatic islets 2020).

3. La présence d'un codon stop prématuré (PTC, premature termination codon) au sein d'un ARNm peut provoquer l'arrêt précoce de la traduction et conduire à la production d'une protéine tronquée.

Les cellules possèdent des mécanismes de surveillance capables de détecter de nombreux ARN messagers contenant de tels codons stop prématurés afin de limiter la synthèse de protéines potentiellement délétères (loupe surveillance des ARN et voie NMD).

Appariement codon-anticodon et règle du wobble

Le nombre d’ARN de transfert (ARNt) présents dans une cellule, généralement compris entre trente et cinquante espèces différentes selon les organismes, est inférieur aux 61 codons codant des acides aminés.

Appariements wobble
Appariements wobble
(Figure : vetopsy.fr d'après Fdardel)

1. Cette réduction s'explique par la règle du wobble, qui permet à un même ARNt de reconnaître plusieurs codons différents grâce à une certaine flexibilité de l'appariement codon-anticodon (The surprisingly complex tRNA subsystem: part 2—biochemical modifications 2020).

a. Le " wobble pairing ", littéralement " appariement bancal ", correspond sur un mode d'appariement non canonique entre bases nucléiques observé principalement entre la 3ème base du codon de l' ARN messager (ARNm) et la 1ère base de l’anticodon de l'ARNt.

b. Alors que les deux premières positions du codon sont généralement reconnues selon les règles classiques d'appariement Watson-Crick, la troisième position peut tolérer certains appariements non canoniques comme :

  • G-U,
  • I-U,
  • I-A,
  • I-C.

2. L'inosine (I) joue un rôle particulièrement important dans ce mécanisme et cette base modifiée est produite par désamination enzymatique de l'adénosine.

Remarque : des appariements wobble peuvent également être observés dans certaines régions hélicoïdales des snoARN (small nucleolar RNA), des scaARN (small Cajal body-specific RNA) et de nombreux autres ARN structurés.

Les paires de bases G-U y sont particulièrement fréquentes et contribuent à la stabilité, à la flexibilité et aux propriétés structurales locales des hélices d'ARN.

Facteurs de traduction

Les facteurs de traduction regroupent un ensemble de protéines auxiliaires qui assurent le déroulement et la régulation de la synthèse protéique.

Ils sont classés en :

Initiation de la traduction

L'initiation constitue la première étape de la traduction et assure le positionnement du ribosome sur l'ARN messager ainsi que la sélection du codon d'initiation.