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Acides nucléiques
ADN : réparation
Vue d’ensemble et enzymes de réparation

Sommaire
définition

Les systèmes de réparation de l’ADN reposent sur des ensembles enzymatiques spécialisés (nucléases, polymérases et ligases) qui détectent les lésions, excisent les segments endommagés et restaurent l’intégrité du génome.

L’ADN, support chimique de l’information génétique, est une macromolécule relativement stable, mais soumise en permanence à des altérations chimiques et structurales.

Dans chaque cellule, plusieurs milliers de lésions apparaissent quotidiennement sous l’effet de processus endogènes ou d’agents environnementaux, ce qui impose l’existence de systèmes enzymatiques spécialisés capables de détecter, corriger ou contourner ces altérations afin de préserver l’intégrité du génome.

Dommages de l'ADN et réponse aux dommages (DDR)

Les dommages de l'ADN affectent soit l’intégrité chimique des bases, soit la structure de la double hélice, soit la continuité du squelette phosphodiester.

Dommages à l’ADN et systèmes de surveillance du génome

1. Les dommages de l’ADN peuvent être classés selon la nature de la modification affectant la molécule.

a. Une partie importante des dommages résulte de l’instabilité chimique intrinsèque des bases azotées et des nucléotides et apparaît spontanément dans les cellules en raison de l’environnement métabolique (loupe propriétés et agencement des bases).

Hypothèse de sélection des états fonctionnels par
l’environnement
Hypothèse de sélection des états fonctionnels par
l’environnement
(Figure : vetopsy.fr d'après Sun et coll)

b. D’autres lésions proviennent d’agents exogènes capables d’altérer directement l’ADN.

c. Ces altérations peuvent bloquer la réplication ou la transcription et, en l’absence de correction, conduire à des mutations permanentes ou à des réarrangements chromosomiques lorsque les cassures double brin sont réparées de manière incorrecte.

2. Pour faire face à ces dommages, les cellules possèdent un ensemble coordonné de mécanismes de surveillance et de réparation regroupés sous le terme de réponse aux dommages de l’ADN (DNA Damage Response, DDR), qui comprennent plusieurs niveaux d’intervention (Structural basis of homologous recombination 2019) :

bien

L’ensemble de ces mécanismes assure la stabilité du génome et limite l’accumulation de mutations susceptibles d’affecter la viabilité cellulaire ou de favoriser la transformation tumorale.

Signalisation DDR et cassure double brin
Signalisation DDR et cassure double brin
(Figure : vetopsy.fr d'après Sun et coll)

Mécanismes de réparation de l'ADN

La réparation de l’ADN correspond spécifiquement à la correction enzymatique des lésions affectant la molécule d’ADN et repose sur plusieurs systèmes spécialisés qui se distinguent selon la nature du dommage.

1. La réparation des lésions n’impliquant pas de cassure double brin repose sur les mécanismes suivants :

  • BER (Base Excision Repair), qui corrige les altérations chimiques affectant une base individuelle de l’ADN
  • NER (Nucleotide Excision Repair), qui élimine des segments d’ADN contenant des lésions volumineuses qui déforment la double hélice,
  • MMR (Mismatch Repair), qui corrige les mésappariements de bases et les petites insertions ou délétions générés principalement lors de la réplication.

2. La réparation des cassures double brin (DSBR ou Double-Strand Break Repair) comprend :

  • HR (recombinaison homologue), qui répare la cassure en copiant l’information génétique à partir d’une séquence d’ADN homologue intacte, généralement la chromatide sœur, ce qui permet une restauration fidèle de la séquence initiale,
  • la réparation par jonction des extrémités d’ADN (NHEJ, SSA, MMEJ/TMEJ), dans laquelle les extrémités rompues sont réalignées puis religuées, parfois avec perte de séquence.

Enzymes impliquées dans la réparation de l’ADN

Les mécanismes de réparation de l’ADN reposent sur l’action coordonnée de plusieurs grandes familles d’enzymes spécialisées :

  • les nucléases, qui clivent les brins d’ADN afin d’éliminer les régions endommagées ou de générer des intermédiaires de réparation,
  • les ADN polymérases, qui synthétisent l’ADN nécessaire au remplacement des séquences excisées ou à la réparation des cassures,
  • les ADN ligases, qui rétablissent la continuité du squelette phosphodiester en reliant les extrémités d’ADN réparées.

L’accès à l’ADN endommagé nécessite également l’intervention d’hélicases capables d’ouvrir localement la double hélice et de remodeler certaines structures nucléiques au cours de la réplication, de la recombinaison et de la réparation.

bien

Les hélicases sont étudiées dans une page spécifique.

Nucléases impliquées dans la réparation de l’ADN

Les systèmes de réparation de l’ADN reposent sur l’action d’enzymes capables de cliver les liaisons phosphodiester du squelette nucléotidique.

Agencement des nucléotides
Agencement des nucléotides
(Figure : vetopsy.fr d'après OpenStax)

1. Ces enzymes, appelées nucléases, constituent un élément central de nombreux mécanismes de maintenance du génome en permettant :

  • d’inciser l’ADN au voisinage d’une lésion,
  • d’éliminer un fragment endommagé,
  • de remodeler les extrémités d’une molécule d’ADN avant sa resynthèse.

Remarque : les fragments nucléotidiques libérés lors des processus de réparation sont ensuite hydrolysés et recyclés par les enzymes du métabolisme des nucléotides (loupe catabolisme des nucléitides).

2. Les nucléases intervenant dans la réparation de l’ADN peuvent être classées selon la position de leur activité de clivage sur la molécule d’ADN.

Endonucléases

Les endonucléases clivent une liaison phosphodiester à l’intérieur d’un brin d’ADN, produisant une coupure interne dans la molécule.

1. Dans les mécanismes de réparation, cette activité permet généralement d’inciser l’ADN à proximité immédiate d’une lésion afin d’initier l’excision du segment endommagé.

a. Selon l’enzyme et le mécanisme de réparation, l’incision peut se produire du côté 5' ou du côté 3' de la lésion, voire de part et d’autre de celle-ci.

b. MRE11, composant du complexe MRN (MRE11-RAD50-NBS1), possède une activité endonucléase essentielle à l’initiation de la résection des extrémités lors des cassures double brin, bien qu’il possède également une activité exonucléase 3′ ➞ 5′.

c. Ces coupures internes constituent souvent la première étape permettant l’élimination d’une portion d’ADN contenant une lésion.

3. Les résolvases constituent un sous-groupe d’endonucléases spécialisées qui interviennent dans la résolution des intermédiaires de recombinaison formés lors de la réparation des cassures double brin.

4. Certaines endonucléases se distinguent par la diversité de leurs substrats et de leurs modes de reconnaissance, pouvant agir sur l’ADN ou l’ARN et, dans certains cas, utiliser un ARN guide pour cibler leur substrat.

a. Les protéines Argonaute possédant une activité dite " slicer ", réalisent un clivage dirigé par un ARN guide (miRNA/siRNA), reconnaissant leur substrat par appariement et clivant l’ARN cible en un site défini (en face des nucléotides 10-11), contrairement aux endonucléases canoniques qui reconnaissent directement des séquences ou des structures.

b. D’autres endonucléases illustrent cette diversité de substrats.

  • Certaines, comme les RNase H, clivent spécifiquement l’ARN au sein d’hybrides ARN/ADN (par exemple lors de l’élimination des amorces d’ARN des fragments d’Okazaki).
  • D’autres, comme Dicer (RNase III), clivent des ARN double brin pour générer des petits ARN fonctionnels (miRNA/siRNA)

Exonucléases

Les exonucléases catalysent l’hydrolyse progressive des liaisons phosphodiester à partir d’une extrémité libre d’un brin d’ADN.

1. Les exonucléases retirent ainsi successivement des nucléotides à partir d’une extrémité 5’ ou 3’, ce qui permet d’éliminer un segment d’ADN endommagé après une incision initiale.

2. Cette dégradation contrôlée de l’ADN est essentielle pour permettre la resynthèse correcte du segment éliminé.

Remarque : les ADN polymérases réplicatives ε et δ possèdent une activité exonucléase 3' → 5' associée qui assure une correction d’épreuve (proofreading) permettant d’éliminer les nucléotides mal appariés immédiatement après leur incorporation et d’augmenter ainsi la fidélité de la synthèse de l’ADN.

Aparté sur les nucléases impliquées dans la réplication de l’ADN

Les nucléases FEN1, EXO1 et DNA2 participent au traitement des structures d’ADN transitoires générées lors de la réplication, en particulier lors de la maturation des fragments d’Okazaki où elles interviennent dans le clivage ou le remodelage des structures en flap (loupe formation du flap 5' et élimination de l'amorce lors de la réplication).

Maturation des fragments d'Okazaki
Maturation des fragments d'Okazaki
(Figure : vetopsy.fr d'après Sun et coll)

Remarque : certaines de ces nucléases interviennent également dans des mécanismes de réparation de l’ADN.

bien

L’action coordonnée des différentes nucléases permet ainsi d’éliminer les segments d’ADN altérés et de préparer la molécule pour les étapes ultérieures de réparation, qui impliquent la synthèse d’un nouveau segment d’ADN par une ADN polymérase suivie de la ligation du brin réparé.

ADN polymérases impliquées dans la réparation de l’ADN

Après l’excision d’un segment d’ADN endommagé, la réparation nécessite la synthèse d’un nouveau fragment d’ADN utilisant le brin intact comme matrice.

La synthèse des nouveaux brins d’ADN est catalysée par des ADN polymérases, enzymes capables d’ajouter des désoxyribonucléotides à l’extrémité 3'-OH d’un brin d’ADN en croissance en utilisant un brin matrice complémentaire (loupe synthèse de l'ADN).

Élongation de l'ADN par les polymérases
Élongation de l'ADN par les polymérases
(Figure : vetopsy.fr d'après biology.stackexchange.com)

1. Cette étape est assurée par plusieurs ADN polymérases spécialisées qui se distinguent des polymérases réplicatives qui appartiennent à la famille B, impliquées dans la duplication du génome, i.e. α, ε et δ (loupe ADN polymérases réplicatives).

a. Ces enzymes possèdent néanmoins la même architecture tridimensionnelle typique en " main droite ", composée de trois domaines principaux (paume, doigts et pouce) qui entourent l’ADN et forment une gorge catalytique dans laquelle s’insèrent l’ADN matrice et le brin néosynthétisé.

b. Ces polymérases impliquées dans la réparation se distinguent cependant des polymérases réplicatives par plusieurs caractéristiques structurales et fonctionnelles :

  • taille et organisation des domaines accessoires,
  • ouverture du site actif, permettant l’incorporation de nucléotides en face de bases altérées, ce qui permet à la réplication ou à la réparation de se poursuivre malgré la présence de lésions,
  • présence ou absence d’une activité de relecture exonucléase 3' → 5' (loupecorrection d’épreuve ou proofreading),
  • faible degré de processivité, caractéristique des polymérases de réparation qui synthétisent généralement de courts segments d’ADN plutôt que de longues régions continues.

2. D'autres familles d’ADN polymérases regroupent plusieurs enzymes impliquées dans la réparation de l’ADN ou la synthèse translésionnelle (Quaternary structural diversity in eukaryotic DNA polymerases: monomeric to multimeric form 2020).

a. La famille X regroupe des polymérases spécialisées dans la réparation de l’ADN.

  • La polymérase β intervient dans la réparation par excision de base (BER) et assure la resynthèse fidèle du segment excisé,
  • Les polymérases λ et μ participent à la réparation des cassures double brin par jonction d’extrémités (NHEJ).
  • La polymérase θ (Pol θ) joue un rôle central dans la voie de jonction dépendante de microhomologies MMEJ/TMEJ.

b. La famille Y correspond à des polymérases de synthèse translésionnelle capables de synthétiser l’ADN à travers certaines lésions qui bloquent les polymérases réplicatives, au prix d’une fidélité réduite, comme les polymérases η, ι, κ et Rev1 dont la fonction principale est de servir de plateforme de recrutement pour les polymérases de synthèse translésionnelle.

Remarque : Pol ζ (REV3L) intervient aussi dans la translésion mais appartient structurellement à la famille B, pas à la famille Y.

3. Des familles d’ADN polymérases interviennent principalement dans la réplication ou la maintenance d’ADN spécifiques et ne participent pas directement aux mécanismes classiques de réparation de l’ADN nucléaire.

  • La famille A comprend notamment des polymérases impliquées dans la réplication et la réparation de l’ADN mitochondrial, comme la polymérase γ.
  • La famille RT regroupe les polymérases possédant une activité de transcriptase inverse, comme la télomérase, enzyme spécialisée dans l’allongement des télomères.
  • La primase-polymérase PrimPol appartient à une famille distincte (PrimPol/PriS-Like) et intervient dans la reprise de la réplication après un blocage de la fourche réplicative, ainsi que dans certaines voies de tolérance aux lésions de l'ADN.

ADN ligases

L’action de ces polymérases est généralement suivie de la ligation du brin réparé, assurée par des ADN ligases.

Mécanisme de l’ADN ligase
Mécanisme de l’ADN ligase
(Figure : vetopsy.fr d'après Tian et coll)

Les ADN ligases catalysent la formation de la liaison phosphodiester entre une extrémité 3'-OH et une extrémité 5'-phosphate, rétablissant ainsi la continuité du squelette phosphodiester après la synthèse d’un segment d’ADN.

1. Chez les eucaryotes, plusieurs ADN ligases nucléaires assurent cette fonction dans des contextes différents.

a. L'ADN ligase I (LIG1), recrutée principalement par le clamp de réplication PCNA, intervient principalement :

bien

L'ADN ligase I (LIG1) est étudiée dans un chapitre spécifique.

b. ADN ligase III (LIG3) possède un domaine BRCT (BRCA1 C-Terminal) lui permettant de s’associer à la protéine XRCC1 (X-ray repair cross-complementing protein 1) et intervient principalement dans la voie BER (short-patch BER), où elle assure la ligation de courts segments d’ADN remplacés, mais elle peut également participer à certaines formes de jonction d’extrémités alternatives, notamment dans la voie MMEJ.

Chez les mammifères, l’ADN ligase III possède également une isoforme mitochondriale qui assure la ligation lors de la réplication et de la réparation de l’ADN mitochondrial.

Liaison de l’ADN ligase I (LIG1) à PCNA et à l’ADN
Liaison de l’ADN ligase I (LIG1) à PCNA et à l’ADN
(Figure : vetopsy.fr d'après Blair et coll)

c. ADN ligase IV (LIG4) possède également un domaine BRCT qui lui permet d’interagir avec XRCC4 et de former avec XRCC4 et XLF le complexe ligase responsable de la réparation des cassures double brin par jonction non homologue des extrémités (NHEJ).

Remarque : aucune ADN ligase n’est désignée sous le nom de LIG2.

2. Ces différentes ligases possèdent une activité catalytique similaire mais se distinguent par leurs domaines d’interaction protéique, qui déterminent leur recrutement dans des voies spécifiques de réplication ou de réparation de l’ADN.

Principaux mécanismes de réparation de l’ADN