Comportement du chien
et du chat, neuroscience

Communication olfactive intraspécifique :
attachement

« L'enfance a ses odeurs. »

Jean Cocteau

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Les odeurs et les phéromones sont émises dans des situations variées et contribuent entre autres ( infos), à la communication intraspécifique (avec des congénères de la même espèce) utilisée pour la reconnaissance de l'autre.

Elles communiquent sur :

Carlin et petits Elles ont un rôle prédominant dans la communication mère/petits et participent à :

Toute cette alchimie complexe permet par la suite la socialisation intraspécifique ( infos).

Reconnaissance et attachement de la mère aux petits

Chez les mammifères, la mère reconnaît toujours ses nouveaux-nés.

En général, elle ignore ou agresse d'autres petits de la même espèce.

Avant la mise-bas, la femelle se lèche longuement les parties génitales.

A la fin de la parturition, la femelle nettoie le nouveau-né de tous les restes d'enveloppes et de liquide amniotique.

OcytocineLes substances chimiques présentes lors de l'accouchement favorise l'attachement de la mère à ses nouveaux-nés.

Le phénomène a été étudié chez la brebis ( infos).

La dilatation de l'utérus et du col utérin lors de la parturition stimule l'hypothalamus - noyau paraventriculaire et suparoptique ( infos) - qui synthétisent l'ocytocine et provoquent sa libération par la neurohypophyse ( infos).

Il en découle une cascade de réactions qui, à leur tour, déclenchent le comportement maternel et la reconnaissance du petit (cf. figure ci-contre).

1. En premier lieu, l'ocytocine (du grec " okus ", rapide, et " tokus ", naissance) stimule les contractions utérines pour expulser le foetus.

2. En contractant les cellules myoépéthéliales des glandes mammaires, elle provoque l'éjection du lait (sécrétion sous le contrôle de la prolactine - pro, en faveur de, lactus, lait - produite par les cellules lactotropes de l'adénohypophyse, qui a bien d'autres fonctions - infos -).

3. Par son action sur le bulbe olfactif, elle déclenche :

Par la suite, la brebis reconnaîtra son agneau olfactivement (le nombre de cellules olfactives spécifiques augmente de façon considérable) et n'allaitera que lui.

La période sensible ( infos) pour cet apprentissage est très courte (entre 4 et 12 heures).

D'après P. Pageat, la rémanence est limitée à trois ou quatre jours chez le chat et le chien. Il préconise de congeler le liquide amniotique pour pouvoir enduire le petit pour le faire allaiter par une autre mère.


Il est difficile, et pour tout dire, toujours hasardeux, de faire des analogies avec d'autres espèces, surtout dans la communication chimique où toutes les configurations sont possibles.

Toutefois, nous pouvons envisager d'autres sources olfactives pour cette reconnaissance des petits par la mère.

Les glandes sébacées sont déjà actives chez le foetus et recouvre le nouveau-né : elles produisent autant de sébum qu'un adulte pendant la première semaine de vie : cette sécrétion disparaît et reprend à la puberté. Ce sont les bactéries de la peau qui dégradent ses sécrétions et qui donnent l'odeur du nouveau-né.

90 % des mères reconnaissent l'odeur de leur nouveau-né dans les 3 jours qui suivent la naissance, même si elles ont été que quelques heures en contact avec lui. Elles trouvent leur odeur plaisante. Le taux de réussite de la reconnaissance est corrélé au taux de cortisol plasmatique.

Le père reconnaît également cette odeur dans les 3 jours (reconnaissance du phénotype ?).

Un nouveau-né stressé produit autant de sueur qu'un adulte anxieux.

Communication olfactive lors de la tétée

La première activité du jeune qui vient de naître est de trouver une mamelle (infos et infos).

Chatons à la mamelleNous avons expliqué plus haut le rôle de l'ocytocine dans le comportement maternel. N'oublions pas que c'est elle qui provoque l'éjection du lait (sécrétion sous le contrôle de la prolactine).

Lorsqu'un jeune enfant commence à téter, 30 à 60 secondes se passent avant que le lait n'arrive à la tétine.

La stimulation du mamelon active des récepteurs cutanés qui envoient leur influx à l'hypothalamus ( infos) qui, à son tour, sécrète l'ocytocine dans le sang. Celle-ci contracte les cellules myoépithéliales entourant les glandes mammaires pour éjecter le lait.

Or, l'ocytocine contracte également d'autres cellules myoépithéliales entourant des glandes apocrines (de Montgomery) localisées sur le pourtour de la tétine. Ces glandes sécrètent un signal chimique qui permet au nouveau-né de s'orienter vers la mamelle.

Les cellules de Montgomery ne sécrètent pas de lait et sont cytologiquement différentes des cellules galactophores.

Chez les mammifères nidicoles, l'olfaction est fonctionnelle tdès la naissnace, peut-être déjà in utero, malgré l'inachèvement du tractus olfactif. On l'a démontré chez le raton.

Le liquide amniotique pourrait également jouer un rôle.

Lorsqu'on badigeonne des mamelons, préalablement lavés et qui n'attirent pas les ratons, par du liquide amniotique, le comportement de tétée réapparaît.

Reconnaissance et attachement des petits à la mère

Mère et chiotsLes nouveaux-nés reconnaissent leur mère très rapidement après la naissance : les mères allaitantes produisent des phéromones que l'on appelle d'apaisement ou apaisines ( infos).

Le nourrisson reconnaît également les odeurs axillaires (des aisselles), influençant le comportement sexuel chez l'adulte ( infos).

Le rôle des " doudous " est dû à leur odeur et de jeunes enfants peuvent être calmés avec une compresse imprégnée des odeurs axillaires de leur mère.


Le chiot s'attacherait à sa mère entre le 16ème et le 21ème jour, période où les organes des sens seraient fonctionnels.

Avant, il semblerait qu'un objet chaud, mou et contenant du lait les apaise.

De nombreuses études sont en cours et les publications futures mettront vraisemblablement certains acquis en question.

Récemment, une apaisine a été isolée chez le chien et synthétisé par P. Pageat et son équipe ( infos) .

Odeur du nid

NidLe nid a toujours une odeur forte, mélange de phéromones, d'urine et de selles .

Comme dit si bien Yveline Leroy :  « L'odeur agit comme un filet invisible qui limite les déplacements des jeunes nidicoles.  »

En dehors du nid, les petits s'agitent, couinent les premiers jours et ont une certaine difficulté à le retrouver. Puis, par la suite, ils s'enhardissent et le retrouvent plus facilement.

Les jeunes sont stressés dès qu'ils ne sentent pas les odeurs familières du nid qui sont en grande partie ceux de la mère.

L'odeur complexe du nid est apprise.

La chaleur du nid jouerait également un rôle non-négligeable.

Le régime alimentaire aurait également une importance dans les signaux de reconnaissance.

Bibliographie
  • Giffroy J.M. (Prof. Université de Namur, Belgique) - L'éthogramme du chien - 3ème cycle professionnel des écoles nationales vétérinaires, Toulouse, 2000
  • Leroy Y. - L'univers odorant de l'animal - Boubée, 375 p., 1987
  • Brossut R. - Phéromones : la communication chimique chez les animaux - CNRS Editions, Paris, 143 p., 1996
  • Wyatt T.D. - Pheromones and animal behaviour : communication by smell and taste - Cambridge University Press, 391 p., 2003
  • Université d'Oxford - Dictionnaire du comportement animal - Robert Laffont, Paris, 1013 p., 1990
  • Immelmann K. - Dictionnaire de l'éthologie - Pierre Mardaga Editeur, Liège, 296 p., 1990
  • Pageat P. - Pathologie du comportement du chien - Editions du Point Vétérinaire, Maisons-Alfort, 384 p., 1998
  • Pageat P. - La communication chimique dans l'univers des carnivores domestiques - PV, vol 28, n°181, 1997
  • Gaultier E. - Communication canine - 3ème cycle professionnel des écoles nationales vétérinaires, Toulouse, 2000
  • Dehasse J. - Tout sur la psychologie du chat - Odile Jacob, Paris, 604 p., 2005
  • Wright M., Walters S. - Le livre du chat - Septimus éditions, 256 p., 1980